SIX1ESME OPUSCULE
Comparaison des deux harangues précédentes.
II semble que les parolles de l'un et de l'autre de ces capitaines soient fort dissemblables, bien qu'elles soient braves et superbes. Toutesfois, on diroît que celles de Pompée sont prononcées de quelque certaine peur et d'une mauvaise pronostique de son propre malheur et de son armée. Cela est advenu souvent à
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plusieurs grands capitaines, qui, contrefaisans des gallans, et faisans )x)nne mine, sont descouverts par gens d'esprit en leurs parolles, contenances et gestes. Je nfen rapporte aux plus braves discoureurs et à ceux qui se sont trouvés en telles affaires.
Il n'y a qu'une chose, si me semble, qui manque en ceste harangue de Caesar, qu'il debvoit toucher quelque mot des dames , comme fait Pompée , puisqu'il n'y a rien qui tant anime un courage que les dames et leur amour : ainsy que ce grand philosophe desiroit une armée, ou pour le moins, une bande d'amoureux, lesquels , si luy scmbloit , fairoient rage de combattre plus que les autres.
Doncquesjem'estonne que Caesar fut court en cela; car, le bon empereur et le bon compaignon qu'il estoit, il n'estoit nullement ennemy des dames ny de leur accointance, tesmoing le sobriquet que luy donnèrent ses soldats marchans en triumphe avecques luy, ainsi que tout leur estoit permis ce jour là : Romani, senate uxores , mœchum calvum adducimus; c'est à dire : «Romains, serrez et gardez bien vos « femmes, si vous voulez, car nous amenons avec- «ques nous ce grand adultère le chauve;» par là les adverlissant de bonne heure qu'il les débaucherait toutes. Voylà de bons advertissemens , et à eux une obligation bien grande pour messieurs les marys.