Voyez tome V, p. U b
Plutarque a èscrit, tant Gréez que Latins; aussi bien que j’en parle ailleurs plus à plein; et cela m’amuseroit à mon entreprise. Tant y a, que ç’a esté un trèsbon et advisé couronnel, et digne de commander à l’infanterie, comme il l’a monstre tant qu’il l’a esté; encor ne l’estant plus et s’en estant deffaict en les guerres tant espaignolles que civilles, aux sièges des places, pour son plaisir en faisoit l’office, dont toute l’armée s’en trouvoit très-bien.
J’oubliois à dire qu’il fut le premier qui introduisis! les deux enseignes couronnelles blanches (auparavant il n’y en avait point qu’une), desquelles au commancement furent créez de luy ses deux lieutenans, les capitaines Boysseron et Valeron. Bien est vray que M. de Tayx en avoit bien deux; mais l’une demeuroit en Piémont, et l’autre en France, ainsi que j’ay ouy dire.
Or, M. l’admirai ayant faict l’estât de couronnel durant toutes les guerres espaignolles, la trefve1 se vint à faire entre l’empereur et le roy, et pour ce, tous les prisonniers furent rendus rendus, et par conséquent M. Dandelot, qui avoit espousé tousjours pour prison le chasteau de Milan despuis qu’il fut pris à Parme; et venant en France, M. son frère se deffit de son estât, qui le gardoit à telle intention, et le quicta à son frère par la voulonté du roy ainsy tellp.
En cela le successeur ne céda rien en courage et vaillance à son prédécesseur, fors en l’expériance.
1. La trêve conclue à Vaucelles le 3 février 1556 et rompue par les Français le 6 janvier suivant.
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qu’il n’avoit si grande, n’ayant eu le temps ny la commodité de la sçavoir à cause de sa prison. Mais tant y a, ladicte trefVe ayant esté rompue, les uns disent par le voyage de M. de Guyze en Italie, autres par M. l’admirai, pour son entreprise qu’il lit sur Douay en Artois, et la prise et saccagement de Lens, audict Artois aussi. Mais l’ennemy en avoit donné les premières occasions, tant à cause de l’oppression et guerre qu’il faisoit au pape Pol IV0, qui avoit eu son recours au roy eomm’ à son bon filz aisné, et aussi pour un’ infinité d’autres entreprises que l’ennemy avoit [faicles] en France, et mesmes sur Metz, par la menée de M. de Savoye, et autres actes d'hostilité qu’on verra dans l’histoire de France, et force qui vivent encores qui le pourroient tesmoigner, et que j’en parle ailleurs. La guerre donc s’estant esmeue fort et ferme, et que le roy catholiq vint assiéger Sainct-Quantin , M. l’admirai, gouverneur pour lors de Picardie, s’y estant jetté dedans avecqu' une extresme diligence, belle fortune et grandeur de courage, et avec fort peu d’hommes pourtant, et principallement d’harquebuzerie, dont il en eut grand’ faute plus que d’autres hommes, falut luy envoyer secours, ce qu’entreprit M. Dandelot; si bien que, nonobstant que les ennemis fussent advertis de sa venue par quelques Anglois qui cstoient avec nous et qui avoient estez pris , pour sauver leurs vies, descouvrirent tout, et qu’ilz eussent fossové, traversé et retrenché les advenues, et y mis la fleur de leur harquebuzerie pour les attendre au passage, mondict sieur Dandelot y entra bravement; mais de deux mille qu’il avoit pris, il n’y en entra
que fort peu; car les uns furent tuez, les autres pris , les autres sauvez et esgarez tellement quellement.
Ce secours pourtant fut bien à propos, et trèsbien receu du frère ; car ilz s’entr’aymoient, se secouraient, se soustenoient, s’entr’aydoient et s’entendoient très-bien les uns les autres ; et chascun d’eux soustint très-bien et très-vaillamment sa bresclie, qui ne fut nullement forcée de leur costé; et furent pris en gens d’honneur et de valeur; mais, dans quatre ou cinq jours, M. Dandelot s’esvada des gens qui le tenoient prisonnier, par dessoubz une tante, et se sauva gentiment en France.
L’entreprise et siège de Calais vint, où M. Dandelot servit si bien de son estât , que M. de Guyze dist lors que, pour conquérir un monde de places , il ne voudrait avoir que M. Dandelot et M. le mareschal Eslrozze, et M. d’Estrée pour l’artillerie.
Peu de temps après, le roy Henry (qui esloit le meilleur chrestien et catholique que jamais fut roy), ayant entendu que M. Dandelot avoit tenu quelques propos absurdz de la messe, le fit un jour appeller en sa chambre, le vint interroger (on dict que ce fut par la sollicitation du cardinal de Lorraine) s’il estoit vray. Il respondit qu’ouy, et qu’il aymeroit mieux mourir que d'aller jamais à la messe; dont le roy entra en si grand’ colère qu’il luy cuyda donner de la dague, ce dit-on ; et commanda au bonhomme M. de Lorges, l’un des capitaines de ses gardes, de le prendre, ce qu’il fit; et fut mené prisonnier au chasteau de Melun, et là estroictement gardé, jusqu’à ce que
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M. le connestable son oncle sortit de prison1 2 3 4, qui le délivra.
J’ay ouy dire à aucuns, et mesmes à aucuns soldatz espaignolz,, vieux mortepayes dans Milan, que, durant sa prison, n’ayant autre exercice, se mit à la lecture et à se faire porter toutes sortes de livres, sans que les gardes les visitassent, car pour lors l’inquisition n’y estoit si estroicte comme despuis ; et que là, et par là, il s’apprit la nouvelle religion, outre qu’il en avoit senty quelque fumée estant allé en Allemaigne , à la guerre des protestans. Voylà que c’estdu loysiret de l’oysiveté ! tant faict-el le apprendre force choses mauvaises, dont après on s’en repent : aussi en apprend-elle de bonnes, dont on s’en treuve bien.
Or, cependant que M. Dandelot estoit en prison, l’entreprise de Thionville* se fit, où M. de Montluc fut commandé d’exercer l’estât de M. Dandelot. Vous verrez ce qu’il en dict en son livre1, et comment il s’en acquicta très-dignement, eomm’il n’en faut douter, et aussi au camp d’Amiens, durant lequel la paix se traicta à Sercan‘ et se conclud.
Il ne faut demander s’il y eut de belles casseries, et s’il y eut de capitaines et soldatz malcontents. On ne retint que les compaignies qu’il falloit pour les places des frontières; et, par ceste paix, M. Dandelot
1. Le ms. porte par erreur : le sortit de prison. Le connétable avait été fait prisonnier à la bataille de Saint-Quentin.