Près de Brantôme, dans le département de la Dordogne
demens anciens. Voylà j>ourquoy ilz avoient beaucoup affaire à se remettre soubz la loy rigoureuse. Tant y a qu’il falut passer par là.
En ce voyage donc d’AUemaigne, mondict sieur de Chastillon y acquist beaucoup de gloire, tant par les beaux ordres, reglemens, pollices et loix, que par ses autres vertuz, valeurs et vaillances, qu’il monstra en toutes les prises de villes, où il se trouvoit lousjours le premier. Aussi est-ce affaire aux couronnelz, maistres de camp, et aux maistres de l’artillerie et mareschaux de camp, d'avoir toute la charge et eourvées des sièges des places. Aussi, courent-ilz bien des fortunes; car, en un’ heure d’un siège, vous estes en plus grand danger qu’en tout un jour d’une battaiile. Je m’en raporte à ceux qui ont expérimenté et l’un et l’autre.
J’ay leu dans l’Histoire de nostre temps, faicte par Paradin, comment le roy Henry se présentant debvant la ville de Haguenau, en son voyage d’Allemaigne, M. le connestable commanda au seigneur d'Estauges, couronne/ des gens de pied de la battaiile soubz M. de Chastillon , de faire mettre les vieilles bandes en battaiile devant la ville. Ainsi parle cet historien et use de ces motz; qui est aussi sottement parlé qu’il est possible : et telles gens ne devroient point parler de la guerre, nv en mettre leurs livres en lumière, que premier ilz n’eussent passé par les mains de quelqu’ homme de guerre. Car M. l’admirai estoit le seul couronnel commandant là. Mais d’autant qu’il estoit tousjours à l’advant-garde avec M. le connestable son oncle, M. d’Estauges faisoit ceste charge comme par la voulonté telle de M. l’ad-
COURONXELS FRANÇOIS. 21
mirai, et quasi comme servant de maistre de camp, commandoit à l’infanterie de la battaille, ainsi qu’il méritoit bien ceste charge; car il estoit gentilhomme de bon lieu et bonne part, brave, vaillant, et avoit deux compaignies de gens de pied à soy. Aussi se fit-il fort signaler efl ceste guerre d’AlIemaigne; mais il ne dura guières, car il fut tué bientost à Treslon. Le capitaine Aisnard estoit à l’advant-garde, qui servoit de mesmes de maistre de camp; car il y avoit bien cent enseignes à ce voyage
Voylà donc comme cet historiographe parle en ces motz fort impropres ; ce qui importe pourtant. Luy et autres en disent bien d’autres bien plus saugreneuses; car, pour dire un battaillon de gens de pied, ilz disent un escadron de gens de pied; pour dire un régiment, ilz disent un régime; dont il me semble que j’oy parler d’un régime ordonné de M. Aquaquia* ou M. Fernel, grandz médecins. D’au- ËCn' disent : un coup d’harquebuzade et un coup fë^-.S^de canonnade : ce qui est très-improprement parlé; car le coup de canon s’appelle canonnade, et le coup d’harquebuz, harquebuzade. Les Italiens et les Espaignolz (desquelz nous avons appris et emprunté
1 . Voyez Paradin , Continuation de l'histoire de notre temps , in-fol., p. 62. C’est à tort que les précédents éditeurs ont mis entre guillemets comme tiré de cette histoire le passage depuis : car M. l'admirai jusqu'à la fin de l’alinéa. Tout ce texte est de Brantôme , qui n'a emprunté au chroniqueur que les mots que nous avons mis en italiques.
2. Martin Akakia, médecin, lecteur au Collège de France, mort en 1531. Son nom était Sans-Malice, qu’il changea pour celui d’ Akakia, qui en grec signifie la même chose.
les motz), ne font telles incongruitez. Mesmes » que je les ay veuz faire à aucuns de nos gens de guerre, mais non pas aux bien pratiqs, sinon à aucuns du plat pays; dont il me semble qu’il faut que toutes choses ayent leurs motz propres; et qui n’en use bien se monstre fort inexpert en l’art.
Four retourner à nostre propos, mondict sieur de Chastillon en cedict voyage, tout du long et au retour, s’acquitta dignement et vaillamment de sa charge, ne s’y espargnant non plus que le moindre capitaine des siens ; comm’ il fit aux sièges et prises de Danvillers, Monlmedy, Yvoy, Cymai et autres places.
Un peu après ce voyage, mourut ce bon, loyal et grand capitaine, M. l’admirai d’Annebaut; et son estât d’admiral fut donné à M. de Chastillon, et le commença-on à l’appeler M. l’admirai de Chastillon, qui pourtant ne se deffit de l’estât de couronnel, le gardant pour M. Dandelot son frère (pris à Parme à une saillie, luv et M. de Sipierre), qui estoit tousjours prisonnier dans Milan , à qui le roy l’avoit donné.
Mondict sieur l’admirai portoit titre de ces deux estatz, et les bandons se faisoient, de par M. l'admirai, couronne l général de T infanterie françoise : et exerça cest estât de couronnel en tous les voyages et armées que fit après le roy Henry, comme aux voyages de Vallenciennes, de Cambray et Renty, et tous autres.
Dont à ce Renty j’ay ouy dire à deux capitaines, dont l’un est mon voysin, qui estoient lors simples soldatz gentilzhommes, l’un portant l’arquebus et
COURONNELS FRANÇOIS. 23
l’autre le corcellet, et qui estoient des ehoysis de mondict sieur l’admirai, que lorsqu’il toucha à M. de Tavannes charger quelques cornettes de reystres que M. de Guyze lui manda de charger, M. de Tavannes lui remanda, que d’autant qu’ilz estoient en lieu si ressarré et estroiet qu’il ne pouvoit aller à eux qu’à la discrétion de l’arquebuzerie espaignolle qui avoit bordé le bois, et qu’advant estre aux reistres, et en y allant, qu’il seroit tout deffaict, et toute sa compaignie mise par terre d’harquebuzades de ces harquebuziers, qu’il falloit nécessairement les desloger de là, et qu’après il joueroit beau jeu. M. l’admirai aussitost mit pied à terre, et prenant mille à douze cens, tant harquebuziers que corcellets, et des bons, et luv une picque au poing, à la teste, donne de telle furie et asseurance avec ses gens, teste baissée, qu’en un rien il eut deslogé et repoussé du bord du bois ceste arquebuzerie espaignolle, qui montoit à deux fois plus que la trouppe de M. l’admirai; qui ne fut pas peu de service; car M. de Tavannes, là-dessus prenant le temps, chargea avec sa compaignie, dont les chevaux estoient tout bardez d’acier, qu’en un rien il eut deffaict ces reistres; j’en parle en sa vie’, qui fut cause du gaing total de la battaille; mais surtout le bel exploict que M. de Guyze avait desjà faict.
Si je voulais raconter tous les beaux faictz que mondict sieur l’admirai a mis à fin, il faudrait que je m’amusasse à descrire sa vie, qui seroit plus longue qu’aucune, voire que deux de celles que jamais