‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 105 sur 270 · Cartier, quartier de pierre. — « Peu de temps après ce · texte numérisé non relu

Cartier, quartier de pierre. — « Peu de temps après ce

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il estoit mort tout roide; mais le coup luy en demeura si sourd et si dangereux, que, n’en faisant de cas et ne gardant ny lict ny chambre , car il n’estoit autrement vanteur de court, au bout de quelques jours le mal longtemps couvé vint à jouer son jeu, et emporta avec luy le renom d’un des parfaictz seigneurs de la France.

Messieurs de la Ligue ont encor eu leur couronnel comme les autres, comm’ a esté M. le chevallier d’Aumalle1, lequel a esté un très-brave et vaillant jeun’ homme; et si ceux de la Ligue en eussent eu une demye-douzaine de pareilz , assurez-vous que leurs affaires en fussent mieux allées ; car il estoit fort entreprenant et hazardeux, et le monstra à l’entreprise de Sainct-Denys. Que si tous eussent faict comme luy, la place estoit gaignée; aussi le monstrarent-ilz bien, car, luy mort, estendu sur le pavé, tout le reste se retira à sauve-qui-peut. La règle faillit en luy, que aucuns ont dict: que quiconque veut eslre bien nourrisson de Mars , il faut dès l’enfance tetter du lait de la déesse Bellonne. Mais celuy, comme force autres, n’en allaicta jamais, car il avoit esté desdié à l’Eglise , et longtemps l’ay-je veu qu’on l’appelloit M. l’abbé du Bec. Mais je vous assure que ç’a esté un très-bon et vaillant homme de guerre; et, s’il eust vescu longuement, il eust esté un très-

siége, dit Palma Cayet (année 1591), M. de ChastiUon, estant allé en sa maison qui est sur la rivière de Loin, devint malade, dont il mourut.... C'estoit un seigneur brave et vaillant, et surtout bien entendu aux mathématiques. »

1 . Claude de Lorraine, dit le chevalier d’Aumale, tué à l’attaque de Saint-Denis, le 3 janvier 1591.

bon et dangereux capitaine contre les partisans royaux.

Il faut encor savoir ceste chose : qu’est quand les Poullonnois esleurent nostre roy dernier pour leur roy, entr’autres conditions qu’ilz luy imposarent, fut qu’il emmeneroit en leur pays six mille Gascons, pour faire la guerre aux Tartares, et les y entretiendroit et raffreschiroit tous léans, à leurs despans pourtant, qu’ilz promettoient fort bien de les bien payer et soldoyer.

Le roy, qui aymoit fort M. du Gua1 , et qui luy avoit veu franchement très-bien faire à l’assaut de l’Evangille * à La Rochelle, et y estre fort blessé à un bras, après avoir accordé ce party aux Poullonnois, fit M. du Gua dès-lors son couronnel général de ses trouppes , lequel , après luy en avoir rendu trèshumbles grâces, luy demanda congé pour s’en aller à Paris parachever à se faire guérir, et cependant faire provision et cabinet d’armes, comme je l’ay veu beau à son hostel d’Anjou.

M. de Bellegarde , prenant l’occasion au poil , voyant Le Gua absent , brigue cet estât, tant par les moyens du roy et de la reyne mère que d’autres; si bien qu’il en estoit quasi esbranlé, sans que M. du Gua, ayant veu, de retour, son maistre à Paris, qui rompit et renversa tout ce que l’autre avoit basty; et le roy son maistre luy conta toutes les menées qu’on avoit faict contre luy, ainsi qu’est le naturel des princes de dire tout , voire plus qu’il n’y a ; car ilz sont hors de combat.

1. Voy. t. V, p. 198 etsuiv. — 2. Du bastion appelé l'Évangile.

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M. du Gua fut en collère, ne faut point dire com- .ment, pour voir M. de Bellegarde courir sur son marché, qui ' l’avoit mis en grâce avec son maistre et fort advancé envers luy, encor que d’ailleurs et de soy-mesme et du mareschal de Retz, duquel il * avoit esté lieutenant en sa faveur*, s’estoit fort faict paroistre pour très-gallant homme qu’il estoit; si bien que le voylà ennemy mortel de Bellegarde. Je sçay après ce qu’il m’en dist comme à son très-grand amy; je sçay après ce que j’en dis à M. de Bellegarde, que moy venant de la court en poste, et luy y allant de mesmes, nous nous rencontrasmes dans la forest de Chastelleraud , qui estoit assez tard, et la nuict approehoit. Soudain nous nous embrassâmes , et mismes à causer l’espace d’une grosse demye-heure, tant que la nuict nous surprit. Après avoir devisé des nouvelles communes un peu et non guières, il me demanda de M. du Gua, et si je luy avois ouy parler de luy : je luy dis que ouy, et qu’il alloit assez à poinct et assez viste en poste pour estre querellé de luy. Alors il m’alla discourir, après m’avoir ouy, comme il n’avoit raison d’estre si mal content de luy, et m’en fit tout le discours. Après nous nous despartismes.

Luy arrivé à la court. Monsieur, leur maistre, leur commanda de ne se demander rien, mais jamais despuis ne furent amis, comme j’ay dict cy-devant, et pense avoir faict le discours mesmes, ailleurs; mais c’est tout, un, et tout m’est pardonné, pour n’estre

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