En sa faveur, lors de la faveur du maréchal de Retz
bon et mémoratif* escripvain. M. duGua pardonnoit
malaisément de telz traictz.
Pour ccste fois, le coup fut rompu de ne mener ces Gascons, car la partance du roy estoit liastée ; et fut remis quand il serait là, qu’il aurait veu les choses et affaires à l’œil, et pour autres raisons que dirais bien. En ce faict, une chose est fort à considérer de ces Poullonnois et de leurs demandes de ces trouppes gasconnes, qui est, comme ce nom de soldat gascon s’estoit espandu parmy la chrestienté, voire une partie du monde, que tout soldat françois, mais qu’il fust vaillant, on le tenoit pour Gascon. Cela me faict souvenir de ce que j’ay leu dans Paule- Æmile en son histoire de France, que : durant la guerre saincte, tous les bons hommes et braves et vaillans gentilzhommes, chevalliers, soldatz et gensd’armes, on les disoit lous François; et avoient beau à estre Anglois, Allemans, Flamans, Espaignolz, Italliens, Hongres et autres nations, ilz estoient toujours dictz François, mais qu’ilz fussent vaillans et qu’ilz eussent faict quelque bel acte de guerre. Si bien que le nom françois, ce dict Paule-Æmile, estoit un nom de vaillance et non de nation.
Quelle gloire pour les François de ce temps- là, et une grand’ æmulation pour ceux qui sont à venir ! De mesmes est le nom des soldatz gascons, et prineipallement en Italie, où les guerres ont esté despuis cent ans, car la pluspart des soldatz françois qu’y ont passé, repassé et combattu, ont estez tousjours nommez Gascons.
t. Mémoratif , qui a de la mémoire.
COURONNELS FRANÇOIS. 209
M. de Montlue, dans son livre, lorsqu’il dist au roy François, pour l’animer à la battaille de Serizolles, qu’ilz estoient en Piedmont pour gaigner la battaille six mille Gascons desquelz il faisoit bon1 2 3; il l’entendoit et le parloit ainsi comme les autres le plus usagement; mais de tous ces six mille tous n’estoient pas Gascons, car il y en avoit force bons Provançaux et braves Dauphinois et autres, voire François*, fourrez parmy eux; car les capitaines, qui n’estoient pas tous Gascons, le monstrarent bien, et aussi comme je l’ay ouy dire à plusieurs qui estoient de ce tempslà; mais il faut pardonner et excuser la frase d’iceluy temps. Toutes les trouppes qui passarent en Italie soubz Valleron, Givry et M. de Nemours, on les disoit tous Gascons. Je ne veux pas parler du temps passé, car ce parler estoit commun, de dire : « sont tous Gascons, » et avec cela très-redoubtez, tant pour vaillances que pour leurs ravages et pilleries, à quoy ilz sont estez toujours fort subjectz. De sorte qu’en Italie règne encor ce mot : quand on veut donner quelque mallédiction à un autre, on dit : Que le posso vedere centi Gasconi allogiati en tua coati*! les nombrant, tant du plus ou moins, selon le grand et petit maudisson qu’ilz veulent donner.
La première fois que je fus en Italie, je fus à Nostre-Dame-de-Laurette, où je recognus entr’autres un tableau où estoit painet un pauvre diable, pasle, transi, entre les mains d’un soldat advanturier, fu-
1. * Sire, nous sommes de cinq à six mil Gascons comptés. » (i Commentaires de Monluc, t. I, p. 246).