‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 111 sur 270 · Voy. t. III, p · texte numérisé non relu

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3. Sampietro, dit Bastelica, né en Corse, colonel ge'néral des Corses en France, assassiné en Corse en janvier 1567. Il avoit épousé en 1548 Vannina d’Ornano qu’il étrangla à Marseille en 1356, pour la punir d’avoir voulu aller à Gênes solliciter la clémence du gouvernement génois.

COURONNELS FRANÇOIS. 215

ble de les raconter, ainsi qu’il estoit brave et vaillant et déterminé pour ne les faire autres que telz; ainsi qu’il le fil cognoistre à l’assaut du premier siège de Conys, où feu mon oncle de la Chastaigneraye et luy s’estans donnez la main, comme bons amis et compaignons, et montés en haut sur la bresche combattans vaillamment, ledict San-Petro fut bouleversé du haut en bas et blessé, et feu mon oncle blessé d’une grande harquebuzade qui luy persa le bras, dont j’en parle ailleurs de ses vaillantises. Je conteray cestuycy, que j’ay ouy raconter à M. le cardinal du Belay, l’un des grandz prélatz qui ayt esté de son temps.

Lorsque l’empereur Charles tourna de sa conqueste de la Goullette, il ne faut point demander s’il en vint orgueilleux, comme certes la victoire estoit très-glorieuse. Arrivant à Rome, ayant sceu ja conqueste de Savoye, et d’une partie du Piedmont que le roy François avoit faict, il se plaignist griefvement au pape et à tout le clergé de cardinaux, où estoit mondict sieur le cardinal. On sçait aussi comme il brava et menassa la France à fœu et à sang, et surtout le roy; si que ces parolles hautaines et rodomontades braves donnoient un grand effroy partout où le nom françois estoit recognu. Par cas, San-Petro Corso se trouvant à Rome, qui estoit tout bon François, s’en vint trouver M. le cardinal, et luy dist que s’il luy vouloit tenir la main et le faire approuver au roy, qu’il fairoit un beau coup de sa main, dont il en avoit toutes les tentations du monde, qu’estoit de tuer l’empereur. Ainsi qu’il passeroit sur le pont Sainct-Ange, il viendroit à luy; et, en fai-

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gnant luy parler et présenter quelque requeste, luy donneroit un grand coup de dague, estant tout à cheval , et aussitost se précipiteroit du cheval du haut du pont dans le Tvbre, où estant dedans, luy, qui sçavoit nager comm’ un poisson, nageroit si bien entre deux eaux, qu’on ne le verroit point; ains penseroit-on que comme un désespéré auroit faict le coup, et après, désirant la mort, se seroit ainsi précipité et noyé; et cependant, tout le monde en ceste opinion et efïroy et recherchant son corps dans l’eau, coulleroit et nageroit gentiment entre deux eaux coyement jusques bien bas, et fort loing iroit sortir, où là, dans une maison apostée et préparée changeroit d’habitz et prendrait là un bon cheval turc, et, mettant relaiz d’un autre en autre lieu, se sauveveroit ou à Venise ou en Suysse, ou par voye de la mer en Constantinoble, mais qu’il ne vouloit rien entreprendre qu’il ne fust ou soubstenu du roy ou conseillé dudict cardinal, et que résolument sur sa vie il fairoit le coup, car il ne vouloit demeurer perdu le reste de ses jours comme fit celuy qui avoit tué Allexandre de Médicis, duc de Florence1. M. le cardinal presta l’oreille à ceste résolution, mais non pourtant sans la poiser et penser; à quoy fut d’advis d’en advertir le roy par un courrier en extrême diligence, qui tardant trop, l’empereur partit de Rome et le coup fut faillly; mais pourtant le roy n’y voulut entendre, disant que le coup estoit de par trop grande conséquance, et que de ceste façon il ne se falloit deffaire des grandz, bien qu’ennemys, etqu’au-

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