René de Lorraine, marquis d’Elbeuf. — 4. En
COURONNELS FRANÇOIS.
de Gravellines, pensant combattre, bailla aux Suvsses qu’il y mena son fîlz aysné (qui est aujourd’huy par ses vaillantises, certes par trop extresmes, mareschal de France) pour couronnel; et en fit l’estât estant à la teste avecqu’eux , et eux l’aymant et honnorant très-fort et se fiant en luy, en son port et en son assurance, encor qu’il fust très-jeune et n’eust peu avoir alors que dix-huict ans.
Or, faisons fin de ces messieurs les couronnelz, lesquelz pourtant advant auront cest advertissement de fort grandz capitaines et généraux, et mesmes de feu M. de Guyze : qu’ilz ne soient tant curieux ny désireux avoir leurs charges, qui sont si belles, qu’ilz n’advisent à les bien conserver et garder en toute réputation, car la charge en est fort scalabreuse. Je le vis dire audict feu M. de Guyze, le soir de la battaille de Dreux, lequel, estant retiré en sa chambre, ainsi qu’il en devisoit en sa chaire, voycy venir le capitaine Burée, gentilhomme de Périgord, de la maison d’Aubusson ', bonne et très-ancienne maison, qui luy porta une enseigne blanche qu’il avoit gaignée dans le champ de la battaille, et luv dist : « Monsieur, « voylà que j’ay gaigné aujourd’huy de tout mon bua tin ; je le vous présente et donne comme à mon « général, à qui il appartient. » M. de Guyze, qui n’en avoit encor eu pas une, la prit et l’advisa. « C’est une enseigne blanche, capitaine Burée, dist-
I. Jean de la Fillolie, seigneur de Burée en Périgord. Je ne sais s’il était de la maison d’Aubusson, comme le dit Brantôme ; mais il avait épousé Françoise d’ Aubusson, fille de Jean d’Aubusson, seigneur de Villac.
<r il; voylà un très-beau présent et rare; il mérite « bien d’eslre récompansé; je ne fàudray en adver- « tir le roy, et de là vous faire récompanser comme « vous méritez; » et puis demanda de qui elle pourroit estre. Il luy dit qu’ell’ estoit de M. de Fontenay1 2, le jeune Rouan, qui estoit l’un des couronnelz, car il fut faict couronnel des bandes qui vinrent de Dauphiné (car il y avoit M. de Grammont et M. Dandellot), et qu’un soldat des siens luy avoit dict. Alors M. de Guyze se leva et dist : « C’est une chose qu’un « couronnel surtout doit adviser, de bien contre- « garder son drappeau et ne se perdre point , encor « que tout capitaine en doibve faire de mesmes ; « mais pourtant c’est un plus grand reproche à un « couronnel, et en est l’importance plus grande qu’on « ne pense, » Alors il prit ladicte enseigne et la mit près de son liet à son chevet. Au bout de quelques jours, il fit donner deux cens escus audict capitaine Burée, et luy fit despuis bonne chère et le caressa fort, encor qu’il l’eust cognu fort advant. Ce capitaine Burée avoit esté en Toscane avec M. de Valleleron, et estoit l’une de ses payes réailes, et paradvant avoit suivy le capitaine Bourdeille, mon frère, en Piedmont, et me vint saluer après qu’il eut parlé avec feu M. de Guyze, me cognoissant, me dist-il, à la phizionomie dudict capitaine Bourdeille; et s’offrit à moy, ne m’ayant jamais veu ny cognu, ny moy luy. 11 mourut despuis à la prise de Chastelleraut’, aux