Se gapailloient , se gaspillaient
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c’est pourquoy l’empereur Charles en un rien eut tost pris les villes d’Allemaigne. Voylà pourquoy force grandz capitaines ne les y veulent point pour toutes ces raisons, outre qu’ilz sont saliaulz et ne se tiennent si propres que les autres nations. En la campaigne tant qu’on voudra, encor qu’ilz ayent faict beaucoup de fautes, comme à la battaille de Dreux et Montfcontour; mais il les faut très-bien choisir, et, pris de longue main et aguerrys, ilz sont très-bons.
Du temps du roy Louys XIP, il y avoit à son service le capitaine Jacob, qui commandoit à une trouppe de lansquenetz qui le servirent bien et vaillamment, et mesmes en la battaille de Ravanne, où ledict couronne!, ou, pour mieux parler de ce temps, ledict capitaine Jacob, en combattant très-vaillamment et très-fidellement pour son roy, qui luy bailloit solde .(et n’en fut point ingrat nullement ny infidel, ains très-fidel et homme de bien), mourut vaillamment ; car, quelques jours avant ladicte battaille, l’empereur Maximilian, qui branloit dans le manche pour quicter l’alliance et l’union françoise, luy avoit mandé qu’il ne faillist à s’en tourner avec toutes ses trouppes. Ce bon homme vint à monstrer la lettre à M. de Nemours en cachette, et pour ce qu’il s’advançast de donner la battaille , car si ses compaignons en sentoient le vent, ilz s’en iraient et le laisseraient là, et seroit autant affoibli ; ce qui fut en partie cause de la livrance de la battaille, et aussi du gaing, car ilz y firent très-bien. Les lansquenetz aussi de l’empereur firent bien à la battaille de Cerizolles ; aussi estoient-ilz choisys.
Or je n’aurais jamais faict si je me voulois estendre
plus advant sur eeste matière de couronnelz, et mesmes si je voulois alléguer aussi nos couronnelz suysses qui sont estez au service de nos roys, comme cest honnorable vieillard, le couronnel Fourly, qui a tousjours si bien et fidellement servy, et combattu tant deçà que delà les montz. Vous verrez son épitaphe aux Cordelliers à Paris, qui est gravé en bronze1 2 3.
11 y a eu aussi le couronnel Toquenet1, très-bon compaignon et fidel à ses roys, et mesmes au roy Charles neufviesme dernier, qui en porta bon tesmoignage à sa mort, et comm’ il le recommanda à sa mère la reyne, et de s’en servir; aussi l’avoit-il honnoré d’une place de gentilhomme servant, dont il l’en servoit la pluspart du temps.
Nous avons eu aussi le couronnel Galatys* en ces dernières guerres, fort renommé parmy nous et ceux de sa nation, ainsi qu’il en a faict la preuve.
U y en a eu aussi force d’autres desquelz je parleray en un endroict où je veux parler et traicter des faictz braves de ceste nation de Suysses , et de leurs vaillances et des services qu’ilz ont Met à la France,
1. Frœhlich, mort à Paris le 4 décembre 1562, à soixante-dix ans, fut enterré dans le chœur de l’église des Cordeliers. «Ce tombeau, dit Sauvai (liv. IV, t. I, p. 448) est fort remarquable par un buste de marbre que l’on croit être un des bons morceaux de Paris.» — Quant à l'épitaphe dont parle Brantôme , on la trouve à la page 350 du tome III de l 'Histoire militaire des Suisses, de Zurlauben.
2. Guillaume Tuggener, neveu de Frœhlich, mort à Soleure, je 22 mai 1891, à soixante-cinq ans. — Voyez Zurlauben, t. III, p. 404 et suiv.; et 531.
3. Gaspar Gallaty, du canton de Glaris, mort à Paris en juillet 1619. Voy. Zurlauben, t. I, p. 136.
et de plusieurs fautes qu’ilz ont faict aussi ; car il ne faut celer les véritcz. Outre qu’ilz ont leurs couronnelz de leur nation, ilz en ont un de la nostre, lequel le jour d’une battaille est à la teste comme chef et couronnel, et l’honnorent comme ceux de leur nation. M. d’Anville, aujourd’huy admirai de France, qu’on appelloit M. de Méru, tiers fils de feu M. le connestable, a esté leur couronnel longtemps, lequel ne dégénère en rien de valeur ni de vertu à ceux de sa race.
M. de Sansy 1 2 3 l’est aujourd’huy, comme l’on m’a dict. Feu M. le conte de Tande, le bonhomme, le fut aussi au royaume de Naples et au camp d’Avignon. M. d’Estampes le fut au camp de Parpignan, fort aymé d’eux , car il estoit très-magniffique et splandide en sa table, aussi qu’il estoit très-sage et trèsadvisé, et fort discret à leur commander. Advant tous eux, Engilberd de Clèves commanda aux Suysses à la brave battaille de Fornoue.
Le baillif de Dijon' commandoil aussi aux Suysses qui estoient avec M. d’Orléans, despuis notre roy Louys XII', lorsqu’il deflit l’armée de mer du roy de Naples.
M. le marquis d’Albeuf’ le fut au voyage de M. de Guyze, son frère, en Italie1, et ainsi force autres.
M. le marescbal de Biron, lorsqu’il alla en Flandres trouver Monsieur, et qu’il commanda à passer le pas
1. Nicolas de Harlay, baron de Maule, seigneur de Sancy et de Grosbois, mort le 17 octobre 1629. Il fut crée colonel général des Suisses, le 12 avril 1596, après la démission de Dampville.