‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 122 sur 270 · Estaquade, enceinte entourée de palissades · texte numérisé non relu

Estaquade, enceinte entourée de palissades

et sont estez d’advis d’en user, d’autres non. Ceux et les premiers qui ont mis les camps-clos et combats à outrance en leurs plus grands vogues, sont estez les Danois et Lombards , et qui les premiers leur ont imposé les loix rigoureuses 1 que autresfois ont estées observées parmy nous autres chrestiens par trop cruellement, et principalement du temps de Charlcmaigne qui mesme en fît des loix , et depuis fort usitées parmy les François et Italiens, plus parmy eux que par autres. Il ne falloit point parler de courtoisie nullement, sinon qui entroit en camp-clos, falloit se proposer vaincre ou mourir, et surtout ne se rendre point, car le vainqueur du vaincu (par ces loix lombardes et danoises) en disposoit tellement qu’il en vouloit et bon lui sembloit, comme de le traisner par le camp ainsi qu’il lui eust pieu, de le pendre, de le brusler, de le tenir prisonnier, bref en disposer mieux que d’un esclave, car tel estoit le vaincu du vainqueur. On dit que les Danois et Lombards sur celte ignominie de traisner par le camp, en prirent leur exemple d’Achilles. lequel (ainsi que récite Homère) après qu’il eut vaincu Hector, l’attacha tout mort à la queue de son chariot ou cheval, et le traisna trois fois par le camp en signe de triumphe et de victoire très-noble.

J’ay ouy parler d’un grand , brave et vaillant seigneur despuis cinquante ans *, qui entrant ainsi en camp-clos, avoit résolu d’en faire tout de mesme de son ennemy qui n’estoit nullement esgal à luy en

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