‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 161 sur 270 · Ou anteojos. Voici don Juan de Gusman avec ses lunettes · texte numérisé non relu

Ou anteojos. Voici don Juan de Gusman avec ses lunettes

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contre un autre chevallier espaignol, mais non de sa religion ni de son ordre, et ne la pouvant desmesler ni se battre en camp-clos, ny en Italie, ny en Espaigne, ny ailleurs de la chrestienté, pour leur seureté, à cause de ce concile de Trente, ils s’assignèrent, par concert et accord fait entre eux deux, le combat à la Vallonné, pays du Grand-Seigneur, n’ayant pas grand trajet de mer à faire de la Pouille jusques là, et envoyèrent demander le camp à un sangiac renégat espaignol, qui là commandoit à quelque place, et qui avoit esté d’eux autresfois eogneu; ce qu’il leur accorda fort librement et en toute seureté. Mais la justice et l’inquisition du royaume de Naples l’ayant sceu, leur en fit la deffence sur la peine de la vie, par bandons et affiches, si bien qu’ils n’osèrent passer plus oultre, et s’ils fussent estez pris là-dessus, ils fussent estez en peine, et si despuis en coururent fortune pour plusieurs raisons que l’inquisition peut là-dessus alléguer. Voilà comme il me l’a esté ainsi conté, estant une chose fort défendue par les anciennes loix de nos docteurs chrestiens duellistes, et mesmes par doctor Paris de Puteo, à un chrestien, de ne faire arbitre un infidelle en un combat contre un autre chrestien; d’autant que I’infidelle estant divers de religion, il est esgal ennemy de l’un et de l’autre des duellians (aucuns Italiens usent de ce mot) ou combattans; aussi que ce n’est raison qu’il soit spectateur et juge de l’effusion du sang chrestien, et qu’il en ayt son plaisir; ce qui est fort abominable que cet infidelle passe son temps en cela, et juge le chrestien : et toutesfois ce mesme doctor Paris dict et permet bien que l’on se

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peut ayder des forces infidelles et sarrazines, de chrestiens contre chrestiens, ainsi que plusieurs jadis s’en sont aydez, comme aucuns rois de Sicille, ce qui se trouve en V Histoire de Naples, et ce que nos roys François premier et Henri second ont pratiqué : enfin ce n’est pas jus verd, mais verd jus. En France et en Angleterre, et autres lieux chrestiens où ledit concile n’a été receu ny approuvé, les combats s’y peuvent faire encores; mais il ne s’en faict plus.

Un autre grand abus en ces duels estoit que les combattans estoient visitez, tastez et fouillez les uns les autres par leurs confidans, pour sçavoir s’ils n’avoient point sur eux aucuns caractères et charmes, et autres parolles meschantes, et billets negromanciens sur eux ; ce qui fut un poinct qui fascha et coléra feu mon oncle de la Chastaigneraye, quand avant qu’aller à son combat, un confidant de Jarnac le vint ainsi fouiller et taster. « Comment, dit - il, « penseroit-on que pour combattre tel ennemy, je « me voulusse ayder de ces choses-là, et que j’allasse a emprunter autre secours pour le combattre que « mon bras? » Et de faict, plusieurs en Italie sont estez visitez de cette façon, d’autant qu’il s’en est trouvé aucuns saisis de ces drogueries et sorcelleries, jusques là que craignans aucuns aussi d’estre descouverts par ces recherches, a-on ouy parler que quelque temps avant qu’entrer aux combats, se sont faicts raser la teste, et là- dessus se faire escrire * et imprimer ( comme en Espaigne on faict les esclaves

1. C'était un stratagème renouvelé des Grecs. Voyez Hérodote liv. V, chap. xxxv, et Aulu-Gelle, 1. XVII, ch. ix.

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au visage) force tels caractères et parolles enchantées pour se rendre invincibles et plus asseurez à vaincre : comme de vray s’est-il trouvé force personnes, et là et ailleurs, et aux guerres, chargées de tels billets qu’on a veu leur porter de grandes vertus, et contre le fer et contre feu. J’en ay veu et cognu une infinité ausquels aux uns ces sortilèges ont réussi, aux autres non. Voilà comment tels abus en tous lieux sont ridicules. J’ay bien ouy dire qu’on n’est point repris pour porter une chemise de Notre-Dame de Chartres, ou quelques sainctes reliques de Iliérusalem, de Notre-Dame de l’Aurette, de Montserrat, et autres choses sainctes, jusques à des oraisons que j’ay ouy dire les confidans et les parrains ne pouvoient oster, ains les y peuvent laisser; en quoy pourtant il y a dispute, si l’un s’en trouvoit chargé, et l’autre non; car en ces choses il faut que l’un n’aye pas plus d’advantage que l’autre.

Un grand abus en ces combats : en arriva un et fort plaisant parmy deux capitaines espaignols de la garnison de Gayette, l’an 1558, que l’on me dit en ce mesme lieu et en mesme temps, moy passant par là, dont le conte est tel*. Il y eut un gentilhomme

i . Il est fort possible qu’à Gaétc même on ait raconté cette affaire à Brantôme ; mais il n’est pas inutile de dire qu’à la suite d’un petit opuscule espagnol, La Conquista de Sena, qu’il a cité ailleurs, on trouve (f* 66) une relation espagnole de ce combat intitulée : Verdera narracian de un desafio che passa en Italia , entre un cavallero aragones Uanuido Marco Antonio Lunel, y un otro castellano llamado Pedro de Tamuyo , natural de Avila , 16 p. in-80.; et c’est à cette relation qu’il a emprunté, et souvent textuellement, les détails qui suivent. (Voyez tome I, p. 338.)

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Lunel, cavallier arragonnois, estant en une certaine rue, parmy autres cavalliers et soldats, entre autres un cavallier castillan appelle Pedro Tamayo, estans tous en une mesme conversation, devisant et causant ensemble, il y eut un paysan qui avoit apporté un plein pannier de percez 1 très-beaux comme il y en a là force. .Tamayo les vint tous achepter; à quoy Lunel luy en vint prendre le plus beau, ce qui fascha à Tamayo. Lunel luy en fit toutes les excuses du monde, de quoy Tamayo ne s’en contenta, encore que l’autre luy dist que pour celluy qu’il avoit pris, il luy en payeroit une charge; mais venant de plus en plus de parolles en parolles picquantes, Tamayo luy dict qu’il se servoit de serviteurs et créas1 plus gens de bien que luy. Il n’eut pas dict plus lost le mot, que Lunel mit la main à l’espée pour le charger, mais il fut empesché par les compagnons, capitaines et soldats qui estoient là; que Tamayo sur cela se relira en la maison du capitaine Montesdoça, qui estoit là auprès, et d’autant qu’il ne se sentoit assez courageux pour se battre contre Lunel, il ne comparoit de longtemps, et se tient tousjours caché, jusqu’à ce qu’il s’advise de passer en Espaigne et là de changer d'habit, et se faire homme d’église et prestre, ce qu’il fit estant là; et dura bien un an entier que Lunel ne peut sçavoir aucunes nouvelles de luy, encore qu’il le fist chercher partout, plantant et affichant cartels en toutes parts pour le défier,

1 . Perce, pêche!, de persica. — Con un cesto de malacatones, dit le texte (f° 66 v*).

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