Question, querelle; de l’italien questione
3. Philippe d’Angennes, seigneur du Fargis, gentilhomme de la chambre de Henri III , chambellan du duc d’Alençon , tué au siège dé Laval en 1590.
4. « Le dimanche 7 d’août (1583), dit l’Estoile, le baron de Viteaux (Guillaume du Prat, baron de Viteaux) et le jeune Millaud (Yves d’Alègre , baron de Jlilhau), à huit heures du matin, dans le champ, derrière les Chartreux, se battirent nuds, en chemise, et fut tué Viteaux qui avoit été le meurtrier du père de Millaud (Yves d’Alègre, baron de Milhau) en 1571, devant l’hôtel de Nesle. »
SUR LES DUELS
courageux gentilshommes qu’on eut sceu voir. Ses beaux faicts en ont faict la preuve. U fut concerté enlr’eux deux que leurs seconds ( bien qu’ils fussent très-braves et vaillans) ne se battroient point, car ils estoient fort grands amis. Celluy de M. le baron visita Millaud, et celluy de Millaud visita le baron, pour von1 s’ils n’estoient point armez. Aucuns des parons et parentes du baron disoient et aflermoient que le second du baron fut trompé, d’autant que combattans en chemise, ainsi que celluy du baron voulut visiter Millaud et le taster, Millaud deffaisant le devant de sa chemise du costé de la poitrine, la luy monstra à plein, laquelle ne visitant autrement et croyant que ce fust sa propre chair le laissa. Mais voycy le pis que disoient ceux que j’ay dict, que ledict Millaud esloit couvert d’une petite légère cuyrassine sur la chair, laquelle estoit peincte si au naturel et au vif de la chair, que par ainsi ledict second fut trompé en sa veue. C’est à sçavoir si cela fut, et si un peintre peut ainsi représenter une chair sur du fer? Je m’en raporte aux bons peintres si cela se peut faire. Autres disoient qu’il y pourrait avoir quelque apparence, d’autant que l’espée du baron se trouva faucée par le bout, et que ledi,ct baron ayant affronté son ennemy, luy tira deux grandes estoquades coupa coup, dont en fit reculler trois ou quatre pas son ennemy, et voyant que par ces estoquades il n’y gagnoit rien, il se mit aux estramassons, sur lesquels l’autre parant , et prenant le temps et s’advanoant, luy donna une grande estoquade, de laquelle il tumba, et aussitost s’advançant sur luy de plus près, luy donna trois ou quatre grands coups
DISCOURS
d’espée dans le corps et l’acheva, sans luy user d’aucune courtoisie de vie. Ainsi le baron avoit tué son père , M. de Millaud , aussi de mesmes M. de Millaud avoit tué son frère le baron de Tiers*. Ainsi mourut le brave baron vaincu, après plusieurs belles victoires par luy obtenues sur ses ennemis. Ainsi mourut encore ce brave baron vieux routier d’armes et tant de fois victorieux sur d’autres, par la main d’un jeune homme , qui n’avoit que peu ou du tout point encore faict de grandes armes, sinon que sortant hors d’hostage et de prison en Allemaigne, vint s’esprouver tout du premier coup contre un des vaillans et déterminez de la France. Voilà ce qu’en disoit le monde pour lors, et l’heur qu’on en donnoit à l’un, et le malheur que l’on donnoit à l’autre. Ce fut un très-beau coup d’essay pour l’un, et une fascheuse et cruelle lin pour l’autre, mais pourtant point des honteuses, ains fort honnorable.
J’ay ouy conter à un tireur d’armes, qui apprist à Millaud à en tirer, lequel s’apelloit le seigneur Jacques Ferron , de la ville d’Ast, qui avoit esté à moy (il fut despuis tué à Saincte-Bazille en Gascogne, lorsque M. du Mayne l’assiégea’, luy servant d’ingénieux; et de malheur je l’avois adressé audit baron quelques trois mois auparavant, pour l’exercer à tirer, bien qu’il en sceust prou, mais il n’en fit conte; et le laissant Millaud s’en servit, et le rendit* fort adroicl),