Le rendit , Ferron le rendit
SUR LES DUELS
ce seigneur Jacques donc me raconta qu’il s’estoit monté sur un noyer assez loing, pour en voir le combat, qu’il ne vid jamais homme y aller plus bravement, ny plus résolument, ny de grâce plus assurée ny déterminée. 11 commença de marcher de cinquante pas vers son ennemy, relevant souvant ses moustaches en haut d’une main, et estant à vingt pas de son ennemy (non plus tost) il mit la main à l’espée qu’il tenoit en la main, non qu’il l’eust tirée encore, mais en marchant il fit voiler le fourreau en l’air, en le secouant, ce qui est le beau cela, et qui monstroit bien une grâce de combat bien assurée et froide, et nullement téméraire, comm’il y en a qui tirent leurs espées de cinq cens pas de l’ennemy, voire de mille, comme j’en ay veu aucuns. Ainsi mourut ce brave baron, le parangon de France, qu’on nommoit tel, à bien venger ses querelles par grandes et déterminées résolutions. Il n’estoit pas seullement estimé en France, mais en Italie, Espaigne, Allemaigne, en Poulloigne et Angleterre : et desiroient fort les estrangers venant en France, le voir, car je l’ay veu, tant sa renommée volloit. Il estoit fort petit de corps, mais fort grand de courage. Ses ennemis disoient qu’il ne tuoit pas bien ses gens que par advantages et supercheries. Certes je tiens de grands capitaines, et mesmes d’Italliens * qui sont estés d’aulresfois les premiers vengeurs du monde in ogni modo', disoient-ils, qui ont tenuceste maxime; qu’une supercherie ne se devoit payer que par semblable monnoye, et n’y alloit point là de déshonneur.