Le tournoient , le faisaient retourner
souvant mal. Surquoy je fairay ce petit conte seulement, et puis plus.
Dernièrement à Rome (que cent personnes l’ont veu et me l’ont dict), le pape Sixte, dict Montealto ', a exercé et introduict une telle justice de son temps par toute l’Italie, que jamais aucuns de ses prédécesseurs n’a sceu faire; ce qui luy a esté un très-grand honneur; car de bandolliers, de fortussis1, de massacreurs et assasins, il n’en falloit point parler; et mesmes quiconques tuoit à Rome, ou seulement tiroit un peu du sang, il estoit aussitost exécuté.
Par cas estoit à Rome venu le grand théologal d’Espaigne, homme de très-grand renom et de grande authorité, et fort révéré, tant à Rome comme en Espaigne, et aymé aussi fort de Sa Saincteté. Il avoit avec luy un sien nepveu hravasche espaignol, et qui n’en devoit rien à d’autres de sa nation.
Un jour, en une presse, ainsi que le pape passoit, il* vint à estre poussé fort rudement d’un Souysse de sa garde avec son hallebarde, tant du bois que du plat. Cestuy-cy, n’avant pas accoustumé telles caresses en son pays, les digéra fort mal dans son cœur ; toutesfois, passa par là bon gré mal gré, et non sans en couver la vangeance, dont à toute heure en expioit l’occasion, qui fut telle : qu’un jour estant à la messe à Sainct-Pierre, il vist son homme le Souysse à genoux, qui oyoit la messe fort ententivement *. Dar-
i Sixte-Quint.
2. Fortussis. J'ignore absolument d’où vient ce mot qui est probablement estropié et doit avoir le sens d'aventurier, de brigand.