Louis II, duc de Bourbon, mort en
SUR LES DUELS
est-ce que ce simple gentilhomme luy fit fort la guerre, en luy prenant plusieurs places et chastéaux, tant en Dombes qu’en Baujolois, sur les frontières de Bresse, dont le duc Louys conceut grande haine contre le duc de Savoye Amé, son nepveu; car il se doubtoit bien que ce Viry avoit esmeu cette guerre à la suscitation de son maistre ledict comte, car, sans luy, il se doubtoit bien aussi qu’il n’avoit pas grands moyens ny puissances de tenir telles forces sur pied. Aucuns disoient que ledict Viry avoit esté secrettement suscité par le duc Jehan de Bourgoigne qui portoit une dent de laict audit duc Louys de Bourbon, il y avoit longtemps, par les divisions entre les Orléanois et Bourguignons. Pour résister donc audict Viry, le duc Louys assembla le plus de ses amis qu’il peut, et envoya premièrement sommer le comte de Savoye de luy mettre entre les mains ledict Viry. A quoy le comte qui eut peur fit response que cette guerre n’avoit estée commencée ny faicte en son adveu ny subjeclion, et qu’il en seroit bien marry. Sur quoy fut accordé et arresté parles capitaines, tant d’un costé que d’autre, que le dicl comte mettroit ledict Viry en la puissance du duc de Bourbon son oncle, à la charge et condition toutefois qu’il le ticndroit comme prisonnier de guerre, en ses prisons dans lesquelles se rendroit ledict Viry, et s'offrirait de satisfaire les dommages et intérests que le duc auroit souffert de luy en cette esmotion de petite guerre, et tiendrait prison jusques à ce qu’il aurait satisfaict à tout ainsi qu’il auroit esté convenu. Le tout fut accomply, et quelque temps après ledict Viry fut délivré et toutes choses appaisées ; ce ne fut
pourtant sans avoir beaucoup pastv en prison, et de sa personne et de ses moyens.
L’on peut tirer de cet exemple deux bonnes instructions : l’une qu’il faut que les petits soient bien sages et advisez quand ou qu’ils se présentent d’eux racsmcs, ou sont conviez et poussez par les grands de faire une folie contre d’autres grands, ou qui porte conséquence : car s’ils ne la font bien à propos et ne l’exécutent de mesmes, ou qu’ils s’y trouvent engagez et embarrassez par quelque malheur, ils sont soudain désadvouez et reniez par leurs autlieurs et factieux, aymant mieux qu’ils courent le hazard et le péril et la honte qu’eux, ainsi que faict Pantalon à Zanv quand il a fut du sot, et ainsi que fil Yvoy dit le jeune Genlis qui, ayant amassé quelque trois à quatre mille bons François pour aller en Flandres contre le due d’Albe, fut surpris et rencontré par ledict duc, et furent tous deffaicts, au moins la plus grand part, car il ne s’en sauva guière qu’ils ne fussent pris, comme fut leur chef Genlys qui, après avoir enduré longue prison , y fut exécuté par sentence. Le duc d’Albe envoya vers le roy Charles sçavoir s’il les en vo voit; il diet que non. Dieu mercy qu’il n’avoit faict rien qui vaille, et ne vouloit point que pour une faute mal faicte le roy d’Espaigne luy voulust mal et se déclarast son ennemy, et qu’un petit désadveu r’habilleroit le tout; mais si Yvoy eust conquis ce qu’il avoit promis, et pris de bonnes villes en Flandres, comme il y avoit apparence pour lors, et qu’il n’eust esté ainsi pris et deflfaict, sans point de faute, son cas fust bien allé pour luy et pour le roy.
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Nous avons un pareil exemple du seigneur du Allot qui, autheur de l’entreprise du chasteau d’Angiers', parce qu’elle alla très-mal pour luy et qu’il n’y vint à bout, il fut désadvoué de celuy qui la luy avoit consentie et avoit esté bien aise qu’on la fist; parquov il fust exécuté à mort ignominieusement par un bourreau.
Le roy Louys XI estoit maistre passé en telles choses; car si elles alloient bien, il les advouoit; si mal, il les désadvouoit et desnioit comme un beau diable, tesmoing la guerre du Liège, qu'il suscita contre le duc Charles de Bourgoigne; mais aussi il fit bien du fat, et perdit l’estrieu de son bon esprit, quand ne s’en souvenant pas, il fut attrapé dans Perronne et alla servir son vassal comme son vallet. Quelle honte ! voilà donc comment il se faut gouverner bien à poinct en telles folies subjectes à désadveu.
L’autre instruction , et pour laquelle principalement j’av allégué cet exemple du seigneur de Viry, est qu’il ne se faut pas tant estimer quelquefois, ny présumer tant de soy qu’un petit s'attaque à un grand insoliemment ny inconsidérément; car enfin les petits sont petits, les grands sont grands qui ont toujours raison d’eux; mais aussi il faut de mesmes que les grands soient discrets et considératifs que, sans juste raison et subject, ils ne fassent tort aux petits; car
1 . En 1 385, Michel de Bourrouge, sieur du Halot, appuyé secrètement par la cour, tenta de s'emparer du château d'Angers, alors aux mains du comte de Brissac dévoue à la Ligue. Il échoua et fut pris par les bourgeois. On lui lit son procès et il fut rompu vif. Voyez de Thou, liv. LXXXII.
quelquefois perdant tous respects, ils 1 se revirent bravement comme gens désespérez et jaloux de leur honneur. J’allégueray cet exemple, et puis plus :
Quand le duc d’Ascot * sortit hors de prison du bois de Vincennes, du règne du roy Henry II, la comtesse de Senningan ' fut fort accusée et suspecte de sa délivrance, et d’y avoir fort tenu la main et y trouvé les moyens, car elle estoit fort sa proche parente. M. le connestable (à qui estoit le prisonnier, et qui avoit soigneuse cure de le garder pour en faire eschange de luy à M. de Montmorency son fils *, qui estoit prisonnier en Flandres ), ne faut point penser s’il fut fasché de cette escapade; et pour ce (par ordonnance du roy que M. le connestable gouvernoit), , ladicte comtesse fut constituée prisonnière et resserrée, et commissaires ordonnez pour l’ouyr et faire son procez; et de faict fut en une très-grande peine, et possible en grand danger de la vie, sans messieurs de Guise et cardinal son frère, lesquels esmeus, prirent sa cause en main et luy rendirent si bonne qu’elle n’en eut que la peur. Au bout de quelque temps les nopces de la reyne d'Espaigne et de Madame de Savoye survinrent, dont aux sales du bal parmy les