‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 253 sur 270 · François de Montmorency · texte numérisé non relu

François de Montmorency

grandes magnificences, hais et dances, M. de Montmorency, comme grand-maislre, eut charge de faire place pour les foules ordinaires qui se jettent et affluent en telles festes. M. le prince Portian * qui estoil fils de la comtesse de Senningan, venant à se faire grandet, et avec l’aage luy croissant aussi le cœur (car il estoit tout généreux et vaillant), portant haine grande et une mauvaise dent de laict, à cause de sa mère, à ceux de Montmorency, ne voulut se reculler ny faire place, quelque chose que M. de Montmorency luy dist par deux fois en allant et tournant, mais faisoit tousjours au pis, jusques à dire qu’il n’en fairoit rien pour luy. M. de Montmorency qui voyoit bien la source de tout cecy et pourquoy il le faisoit, perdant paLience, le repoussa très-rudement, ce que ne pouvant endurer, il brava un peu et monstra une mine altière et menaçante; de sorte que la rumeur estant sautée au rov, à M. de Guise et M. le connestable, fut faict commandement et à l’un et à l’autre de ne sonner plus mot, ny aller plus avant, et ne s’entredemander rien l’un à l’autre sur la vie, de peur de perturber la feste, et mesmes à cause des estrangers qui estoient là. Par quoy le bal se fit et se paracheva sans autre esmotion plus grande. Les uns donnèrent le blasme au prince Portian d’avoir là voulu braver contre l’authorité du roy, et officier premier de sa maison, et mesmes en faisant sa charge en une telle et solemnelle feste, et que ce n’estoit là qu’il falloit braver. Le prince Portian disoit qu’il avoit esté poussé comme de guet à pand, et comme

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