‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 264 sur 270 · V. — Duel du vicomte de Turenne et du baron de Rozan · texte numérisé non relu

V. — Duel du vicomte de Turenne et du baron de Rozan

Il paraît certain que le vicomte de Turenne fut victime d’un lâche guet-à-pens dont M. de Duras n’était point aussi innocent qu’il aurait voulu le faire croire à Brantôme. Dans le manuscrit 272 de la collection de Mesmes (fos 202-210), on trouve une pièce intitulée : Discours de la querelle du viscomle de Tureync avec le sieur de Rozan. Ce discours qui n’occupe pas moins de 14 pages in-fol. est écrit par Turenne et contient le récit fort circonstancié de la querelle et du duel.

On y voit que le baron de Rozan se conduisit avec si peu de courage que son frère M. de Duras lui cria : « Vous fuiez. V ous faites le poltron. » Et ce fut au moment où, le baron étant tombé , son adversaire venait de lui dire : « Adonc, lève-toi , » que celui-ci fut chargé par six ou sept individus qui le blessèrent de cinq coups d’épée, pendant que M. de Duras leur criait : Tuez, tuez.

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A la suite de cette affaire qui eut lieu près d’Agen le 17 mars 1574 et sur la plainte qu’en porta le vicomte, le maréchal de Montmorency et un certain nombre de gentilshommes rendirent, sous le titre d 'Advis, une espèce de jugement dont voici la teneur d’après le même manuscrit (P>5 209-210).

Âdvis sur la querelle de M. de Thureine.

Monseigneur de Montmorency, pair et premier mareschal de France, gouverneur et lieutenant général pour le roy en Languedoc, ayant veu en présence des sieurs de Rieulx , de Lombcz, de Vetizon, de Sainct-Maximin, commandeur de Grillon et autres sieurs et gentilshommes , le discours à luy envoyé par monsieur le vicomte de Turcyne de la querelle et combat advenu à Agen, entre luy et les sieurs de Rozan et de Duras, et considéré bien ponctuellement ce que y est représenté, et y aiant remarqué en premier lieu le tort qui a esté fait and. sieur vicomte par le sieur de Rozan ou ceulx qui estoient commis par luy à la garde » de Casteljaloux pour y avoir refusé l'entrée aud. sieur vicomte, lequel l’y avoit introduit et chargé d'icelle place, selon le commandement qu'il avoit lors en Guyenne; d'ailleurs se voyant en icelluy discours l'advantage avec lequel led. sieur viconte avoit trouvé led. sieur de Rozan près d’Ksguillon, pour luy en demander raison, et la promesse par luy faictc de se trouver au lieu où il seroit appelle par un gentilhomme, et depuis les propos tenus par le sieur de Duras au sieur de Lavcrdin, l'offre par luy faicte de se trouver seul avec led. de Rozan sur le Gravier d’Agen, chacun sur un conrtault; contrevenant à laquelle ils y seroient venus sur deux chcvaulx d'Espaignc; les courtoisies faictes par icelluy sieur vicomte de Thurcyne aud. sieur de Rozan, tant pour ne l’avoir voulu faire visiter que pour luy avoir fait oster ses espérons et relevé, après estre tombé ; celle faicte par le sieur baron de Salignac au sieur de Duras pour luy avoir faict reprendre une espée, la sienne estant rompue ; au contraire desquelles ledit sieur vicomte prétend par les estoccadcs qu’il a tirées aud . sieur de Rozau l’avoir trouvé armé, et estre chargé par ledit sieur de Duras avec lequel il n’avoit querelle et par six ou sept qui se trouvèrent près ledit de Rozan lorsqu’il reculla et fuit d’aude-

APPENDICE

vant, assassiné et blessé devant et derrière, contre la foy et promesse données, avec supercherie et advantage, ainsy que plus particulièrement est contenu par icelluy discours soustenu véritable par ledit sieur viconte; mondit seigneur le duc de Montmorency, assisté des sieurs que dessus, est d’advis que ledit sieur vicomte a esté si indignement traicté qu'il ne doibt demander ny faire appeller lesdits de Duras et de Rozan pour les combattre par la voye accoustumée et licite, mais se ressentant des actes, assassinats et manquemens cy-dessus , se doibt délibérer d'en avoir raison avec tel advantage, recherchant à ccst efTet tout ce qu’il pensera luy pouvoir servir pour s'en venger ; estant le tort à luy fait tel et sy grand que on ne pourra trouver mauvais avec raison les voyes desquelles il usera all’encontre des personne qui se sont monstrées indignes d'estre appeliez avec les armes. Et pour faire foy de ccst advis, icelluy seigneur duc de .Montmorency l’a signé et prie lesdits sieurs y assistans de le signer avec luy. En Agde, le 23* jour de may mil cinq cens soixante dix-neuf.

VI. — Acte de réconciliation de Bussy d'Amboise et de la Ferté.

Déclaration et réconciliation des sieurs de JBussy et de la Ferle,

sur leur duel advenu à Alençon te — iour de febvrier 1379.

Messieurs de Bussy et de la Ferté. — Considérant qu’en ce qui s'est passé de leur combat pour avoir tous deux esté blessez, toutesfois beaucoup plus l'an que l’autre , ilz ne peuvent que diversement se plaindre ou louer du sort inégal plus ou moins favorable, s’y estans tous deux portez fort courageusement, et désirans par la recherche de leurs commungs amis se réconcilier ensemble, après que ledict sieur de Bussy a fait déclaration audict sieur de la Ferté de l’occasion de son appel, dont il s’est contenté, avouent pour esclaircir ceux qui pouvoyent doubter de la chose, qu’en l’appel, devant, durant et après leur combat, chacun d’eulx s’est comporté honnorablement ce qui se peult, et aussy qu’il ne s’i est faict ne dict acte ne parolle de l'un ny de l’autre qui ne soyt plaine de preudhomnie et de courtoisie et digne de gens d'hon-

APPENDICE

neur et de louange et de valeur; a vans bien voulu, pour tesmoignage de ce et de leur réconciliation et amitié perpétuelle, en présence de plusieurs cavallicrs leurs amis, signer cette présente déclaration de leurs mains.

(Ms. 272 de la collection de Mesmes, (° 308).

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