En 1588. Voyez de Thou, livre XCII
4. En 1588. Girard s’exprime ainsi au sujet de cette affaire.: « Je ne puis dire tout ce que j’ën sçai, pour ne réveiller point la
mémoire d'une action qui fut blîmée du ’roy même en ce temps-
• » t vi — 7
gouvernement de Bouloigne , et passant vers Monttreuil, il deflit la garnison de cheval de là fort heureusement, et en prit prisonnier le gouverneur, et force autres gentilzhommes avecques luy ; et, venant passer et loger à Corbie, où estoit M. de Longueville ', lieutenant général pour le roy en toute la Picardie, mondict sieur d’Espernon, ne sçachant pas, ou ne se souvenant, ou du tout ne le voulant point, ne présenta ses prisonniers audict sieur lieutenant général, comme la raison vouloit. A quoy M. de Longueville, prince d’honneur et de mérite, se sentant picqué, les luy envoya demander ce soir; lesquelz luy estans refiusez de l’autre, M. de Longueville faiet mettre tout le monde en armes, et bons corps-de-gardes et barriquades devant le logis de M. d’Espernon, qui eust subject de dire, comm’ il a diet despuis à de ses amis, que jamais il n’eust si belle peur, ny pensa mieux mourir que là. Mais enfin M. de Longueville ,
là, et qui ne seroit point approuvée en celui-ci. Il me suffit de dire que le duc ayant conduit ses prisonniers dans Corbie , ils lui lurent demandez, et, qu’à son refus, on les retint par force. Cette affaire fut poussée avec telle chaleur que le duc faillit d'y perdre la vie, ne pouvant sans résistance souffrir cette injure. La partie était néanmoins si inégale qu'il ne pouvoit attendre qu’une mort certaine, si le sieur de Humicres, lieutenant pour le roy dans la place, et le sieur de la Boisicre, son beau-frère, n’eussent apporté du tempérament à la violence qui se préparoit contre le duc. Ils furent médiateurs d’un accommodement qui n’efTaça pas le ressentiment de l’offense, mais qui empêcha que les choses ne fussent pas poussées dans la dernière extrémité. » Histoire de la vie du duc JÉpernon, édit, de 1730, tome I, p. 362.
1 . Henri I" d’Orléans , duc de Longueville , gouverneur de Picardie, mort le 29 avril 1595. Il était fils de Léonor d’Orléans, duc de Longueville, mort en 1573
COURONNELS FRANÇOIS. 99
comme prince bon et courtois, à la mode de feu M. son père, qui l’estoit s’il en fut onc, se contenta de quelque honneste satisfaction, n’advisant pas tant à la convoitise ny au proffit. Si bien que le tout s’appaisa, et M- d’Espernon sortit l’endemain matin de la ville, bien aise, il ne le faut point demander.
Voylà un grand hasard pourtant. Que, s’il eust eu affaire avec un homme turbullant, rapineux et subject à la pince et à l’avarice, je sçay qu’il n’en fust pas esté quicte à si bon marché.
Je ne sçay comment ilz en sont, et s’ilz sont tousjours en querelle; mais plusieurs disent que M. d’Espernon ne luy doit rien demander, puisqu’eslant en son pouvoir, ne luy ayant faict mal ny desplaisir, et luy en pouvant faire, s’en estoit allé ainsi. Je m’en rapporte aux grandz capitaines duelistes, qui ont là assez ample subject pour s’y esbattre de parolles. Ce seigneur escapa 1 pourtant là un grand hasard.
D a esté aussi souvant blessé, et fort grandement, et mesmes à Pierrefont ' d’une grand’ harquebuzade à travers les maschouëres, dont n’y avoit ordre qu’il eschappast, non plus que d’un grand cerf en son ruth, qui luy donna des cornes à travers le corps, qui le porta à demy-mort par terre.
Force autres blessures qu’il a eu, et de fraiz de la fougade de Brignolle*, qui a esté une grande esca-
t . Escapa , échappa. — Nous avons conservé le substantif escapade.
2. En 1588. Il fut blessé en visitant les tranchées avec le marquis d'Ornano qui assiégeait le château.