‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 39 sur 270 · L'empereur Frédéric U · texte numérisé non relu

L'empereur Frédéric U

telle bride-place devant Panne, et l’appella Victoria, comme nous trouvons par escrit, il faut dire de mesme que cet œuvre de M. d’Espernon a esquipollé et parangonné celuy d’un des grandz empereurs et braves qui avoit esté despuis Charlemaigne jusqu’à luy. Et ce qu’il faut admirer est que, dès le commencement de ceste forteresse, il y fut trèsgriefvement blessé; car, ainsi qu’il estoit un’ aprèsdisnée retiré dans une tante, et qu’il jouoit pour passer le temps avec quelques gentilshommes, fut tiré de la ville un coup de coulevrine, pensez par le rapport de quelque bon expion, qui luy emporta deux gentilshommes auprès de luy, dont l’un fort son amy (quel secret de Dieu!) ayant la cuysse emportée et le bras; des os qui en sortirent vindrent donner contre le ventre et cuysses dudict M. d’Espernon, qui le blessarent tellement qu’on le tint pour mort longtemps ; mais après il fut si bien secouru qu’il en est reschappé. Et, nonobstant sa blessure, jamais ne cessa sa fortiffication , et commanda continuer, tellement qu’il la mit en peu de temps inexpugnable et logeable de plus de douze cens hommes, tant à cheval qu’à pied, qui ordinairement donnarent si grand’ fatigue à ceux d’Aix, que la ville s’en alloit à sa mercy, sans la révolte qui s'ourdis t en la Provance, tant du costé de la noblesse que du peuple, et sanaque, se remettans à l’obéyssance du roy, advisarent d’apeller M. d’Esdiguieres , un des grand/, capitaines qui soit aujourd’huy en France, sans faire tort aux autres , ainsi que j’ay ouy dire à de plus entendus que moy , et que ses faietz le monstrent encores mieux, comme j’en parle en sa

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vie : et nul qu’un seul M. d’Esdiguières pouvoit faire ce coup; et nul, disoit-on, que M. d’Esdiguières se pouvoit opposer à luy, ny l’aflronter, ny faire songer à sa conscience, et abbaisser sa cupidité et ambition. Aussi à bon chat bon rat, ce dict-on.

Veu les hasardz qu’a couru ce M. d’Espernon, il y a plusieurs gens qui ont opinion qu’il soit fée, ou qu’il ayt quelque démon ou esprit familier qui le guide; car, estant hay en France plus qu’homme qui fut jamais favory de roy (si croy-je), il a esté guetté, cavallé1 * 3 4, vendu, attenté* et conjuré en toutes façons, et blessé, et pourtant eschappé jusques icy.

Il fut faict un’ entreprise sur luy à Angoulesme *, aussi bien tramée qu’il en fut jamais; mais les exécuteurs ne firent rien qui vaille; et, au lieu de le charger, s’amusarent à piller son cabinet, ses habillemens, et les jetter par la fenestre. U y demeura deux jours et deux nuictz dans le chasteau, assiégé tellement que luy ny les siens n’avoient de la quicte eau pour boire : si bien qu’aucuns des siens, comme je leur ay ouy dire, furent eontrainctz de boire de leur pissac ; et tous s’en alloient mourir de soif (mort de Rolland), sans que les assiégeans se mirent à capjtuller et faire composition d’abollition du toütf mais despuis ilz l’ont bien payé.

Au bout de quelques temps après *, tournant de son

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