‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 5 sur 270 · I. En Bourbonnais (Allier · texte numérisé non relu

I. En Bourbonnais (Allier

trozze, encores que M. le connestable alléguast beaucoup de belles causes et raisons contre M. d’Estrozze, lesquelles je laisse a discourir à messieurs les capitaines, sergens-majours et maistres de camp, mieux entr’eux que je ne sçaurois faire; si ce n’est ceste-cy qu’allégua M. le connestable : que c’estoit un grand cas qu’un sergent-majour , qui commandoit à tant d’hommes le jour d’une battaille, tant capitaines qu’autres, qu’il ne peust commander à une si petite trouppe qu’estoit un régiment.

Pour fin, M. le connestable dist que, pour complaire à M. d’Estrozze, il luy falloit laisser passer cellelà, et qu’il méritoit bien d’estre gratiffié en de plus grandes choses.

Pour conclure, l’estât d’un sergent-majour est un honnorable estât ; et les Espaignolz, si me semble, en font encor plus grand cas que nous. Il peut aller à cheval tousjours, non-seulement par les ordres et battailles, mais partout le camp : voire, s’il treuve le roy et le général d’armée, il doit parler à luy à cheval, tousjours sans mettre pied à terre; et qui l’y met n’entend pas bien sa charge, et y est tenu fort nouveau, et s’en mocque-on. Le jour d’uqe battaille , il ne se doit jamais mettre pied à terre parmy les capitaines, mais tousjours aller et venir par les files; car se mettant à pied et combattant comme les autres, il ne sert que d’un , et ne vaut pas plus d’un; et estant à cheval, se pourmenant,

11 en peut valoir plusieurs, pour pourvoir à un’ infinité de choses qui en telz cas et occasions se présentent.

De plus, il faut qu’il aye tousjours un gros baston

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COURONNELS FRANÇOIS.

en la main, tant pour empescher et destourner les bagages, qui embarrassent et ferment le chemin des soldalz marchans, que pour monstrer ce qu’il faut faire, au lieu que les autres le monstrent avecques la main ou le doigt; aussi pour chastier l’inobédiance des soldatz in flagranti. Les Espaignolz usent de ce mot latin, et tiennent plus1, que le soldat, tant signallé soit-il , venant quelquesfois à faillir, n’est déshonnoré d’avoir quelque coup de ce baston, mais que ce soit in flagranti , autrement non; et qui sera le soldat qui après s’en veuille ressentir, il n’est estimé parmy eux, comme ne sçachant pas encor l’usage de la guerre.

Il y a aucuns qui ont eu ceste opinion : qu’il faloit qu’aucuns maistres de camp fussent à cheval le jour de la battaille, comme le sergent-majour ; et ay veu aucuns vieux capitaines tenir qu’il estoit ainsi nécessaire.

Le capitaine Salines, le bonhomme, qui estoit maryé dans Ast, le jour du secours qu’envoya le roy d’Espaigne à Malte pour lever le siège, et qu’on pen- $oit donner la battaille aux Turcz, fit ce jour-là office de maistre de camp général et de sergent-majour, parcequ’il le méritoit, et que le bonhomme estoit vieux et cassé, et ne pouvoit estre bon piéton, à cause de ses vieilles playes, et aussi qu’en toute ' ceste Armée il n’y avoit aucun cheval que celuy-là, qu'on avoit faicf embarquer, pour toutes ces causes, comme la raison vouloit ; autrement, l’office de sergent-majour ny de maistre de camp ne se pouvoit

» 1. Plus, de plut.

il GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

bien exercer, qui ne se peut jamais bien faire à pied, quelque bien ingambe qu’il soit.

Si tous nos maistres de camp et sergens-majours d’aujourd’huy montoient à cheval en nos battailles, on y verroit plustost des compaignies de gens de cheval que de pied, tant il y a de ces gens là; et ne verroit-on que conffusions parmy eux, et s’entrechocquer les uns les autres, s’embarrasser et tumber par terre, en allans et venans, et avecques cela une très-plaisante risée.

Or, pour retourner encor à M. de Tayz, la raison pourquoy il fit harquebuser son cheval d’Espaigne, fut affin qu’il ne donnast soupçon à ses capitaines que, se fiant par trop à son bon cheval, et venant à luy mal baster, qu’il les quictast et montast dessus et se sauvast bien à poinct, sans s’opiniastrer au combat, et par ainsi que les capitaines perdissent cœur.

Mais par là il leur monstra qu’il ne les vouloit habandonner, ains de mourir et s’enterrer dans le champ de battaille avecqu’ eux, dont il en fut fort estimé, et fit bien. Mais, sans faire tuer ce brave cheval (ce disoit-on), il le pouvoit bien envoyer au bagage. Mais, possible, il le fit venir là exprez, pour/ faire ceste rodomontade, sotte pourtant.

Quoy que ce soit, on le disoit pour le moins ; caril y a aujourd’huy tant de vanitez et le temps passé y en a eu autant I Comme ce brave Spartacus, général des gladiateurs romains révoltez, lequel, le jour de la battaille ofl il fut deffaict et tué, fit de mesmes tuer devant ses gens un très-beau et bon cheval qu’il avoit, et qui l’avoit paradvant bien servy. « Si nous, gaignons la bataille, dist-il, j’en recouvreray d’autres « *

COURONNELS FRANÇOIS. 13

meilleurs. Si nous la perdons, et que j’y meure, qu’en ay-je affaire1? »

Bref, on parla fort de luy* après ceste battaille, et le roy François fit fort grand cas de luy, lorsqu’il amena au camp de Jallon vingt-cinq enseignes de ces braves et triumphantes qui venoient de fraiz de ceste belle victoire de Cerizolles, dont les capitaines et soldatz estoient si glorieux et si bravans, qu’ilz menaçoient eux seulz de combattre toute l’armée de l’empereur, qui estoit l’une des belles et grandes qu’il eust mis jamais sus pied, et n’en desplaise à celle de Provance et de Landrecy, laquelle, glorieuse et outrecuydée d’avoir pris Sainct-Dizier à la barbe du roy dans le royaume, bravoit tant et menaçoit bientost aller loger dans Paris.

Que pour le moins, s’il ne le fit, il rendit les Parisiens si estonnez, que, plians bagage, la plus grand’ part s’enfuyoient qui çà, qui là. Sur lequel subject le roy François leur disl qu’il ne les sçauroit engarder de peur, ouy bien de mal. Mais, pourtant, l'empereur, avecques toutes ses bravades et menaces, voyant la belle et résolue contenance du roy et de Mi le Dauphin, alors son lieutenant-général, et de son armée, trouva moyen, par les entremenées et entrefaictes d’un moyne, de faire la paix ; mais bien aise. Si que possible, luy et ses gens redoubtoient nos enseignes et bandes victorieuses du Piedmont, qui les avoient si bien battus.

Sur quoy j!ay ouy dire à plusieurs vieux capitaines

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