Charlotte d'Êsquetot, dame d’Estelan
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instruction; mais M. le mareschal l’emporta, disant à sa femme qu’elle instruisit ses filles, et qu’il fairoit bien instruire le filz : comme certes elle s’en est très-dignement ttcquictée à l’endroict de ses deux filles, Diane et Jehanne, l’une contesse de Mansfeld, et l’autre dame de Saiilct-Luc, toutes deux fort sages, honnestes, vertueuses et très-habiles et sçavantes filles et dames ; mais madame de Sainct-Luc en a emporté le dessus, encore qu’elle fust la puisnée. Aussi l’aisnée n’eut tant de loysir de vivre pour mettre en maturité ses vertuz comme l’autre ; et ce conte appelloit ceste sœur ma sœur Jehanne , et l’aymoit plus que l’autre; et M. de Guyze, à son imitation, l’appelloit aussi ma sœur Jehanne , ou Jehanne simplement.
Or le conte de Brissac estant soubz le fouet et gouvernement de ses maistres, tout jeune qu’il estoit, il monstra tousjours quelque chose de gentil et de grand un jour, et prest à porter les armes. Pour sa première guerre, il vist le siège de Rouan et ce qui se fit devant Paris aux premières guerres; car je n’appelle pas cela siège; ceux de dehors estoient quasi plustost assiégez qu’assiégeans.
En ces deux factions on notoit tousjours en ce jeun’ homme une fort grande curiosité d’apprendre et de sçavoir quelque chose , et se tenoit subject à M. de Guyze, dont M. de Guyze luy en sçavoit bon gré; et bien souvant voyois-je M. de Guyze luy parler et luy monstrer, et luy faire force caresses. Aussi M. de Brissac le père luy avoit commandé de se tenir subject à ce grand capitaine, et expier ses actions, et les apprendre et imiter; si bien que M. de
Guyze l’en estimoit beaucoup de ceste subjection et soucy, et disoit souvant (car je l’ay veu) : « Ce « jeun’ homme sera un jour un gentil garçon et « homme de guerre. » Et en quoy il le prisoit le plus, c’estoit qu’il ne s’amusoit point à petites clibses et follastreries , ainsi que les autres enfans d’honneur comme luy qui estoient avec le roy Charles; et encor que plusieurs fussent plus vieux que luy, ne venoient que fort peu souvant aux trenchées, et luy tous les jours estoit et voyoit tout, et n’avoit peur de rien.
Ayant veu ces deux factions , falut qu’il allast faire sa charge de couronnel, car ses bandes y estoient; et alla trouver M. de Nemours, qui estoit lieutenant général du rov vers Lionnois, Forestz et Dauphiné, il se fit une entreprise pour surprendre Lion *, toute par la menée et industrie de M. de Soubize, trèshabil’ homme; mais c’estoit pour appaster les gens du roy et catholiques; si bien qu’ell’ estant double, elle se tourna à la confusion des nostres, desquelz en estans montez près de quatre cens sur le bastion de Sainct-Just , auquel se bastissoit la trame, ceux de dedans commançarent à jouer leur jeu, et à mener les mains, et à tirer sur les nostres, qui rendirent du combat autant qu’ilz peurent; dont y
I. La tentative eut lieu le 7 mars 1563. Un nommé Marc Ilerlin, fait prisonnier par les catholiques, n'obtint la vie qu’en promettant de leur livrer une des portes de Lyon. Il prévint Soubise qui commandait dans la ville, et les troupes qu’il introduisit • en plein jour dans les faubourgs éprouvèrent une défaite sanglante. Voyez de Thou, liv. XXXIV, et un cantique célébrant cette victoire dans la seconde partie (p. 220) du Chansonnier huguenot publié par M. Henri Bordier, 1870, 2 vol. in-I6.
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demeura aucuns sur la place, et autres furent rc- ' poussez du haut du bastion en bas, dont le conte de Brissac, qui avoit iuv-mesme mené ses gens, fut contrainct d’en faire de mesmes et de se précipiter.
Ceste si mauvaise curée pour le commancement n’empescha pas pourtant qu’en tous les lieux, puis après qu’il en pouvoit trouver l’occasion, qu’il n’en eust sa revange; et tout jeune garçonnet qu’il estoit, donnoit à tout le monde une très-admirable et bonne opinion de luy.
La paix s’en ensuivit. Nous fismes le voyage de Malte, où il n’avoit point charge autrement, mais pourtant on luy déféroit, au moins aucuns gratuitement; car nous estions tous à nous et à nos voulontez, et à nos despens, dont j’en ay parlé assez.
La seconde guerre civile vint, en laquelle, comme j’ay dict cy-devant, commanda à trois régimens ; mais tousjours en titre de couronnel général des bandes de Piedmont, et ne le faut croyre autrement : et qui le voudrait débattre, s’il est de ce temps, certes il monstreroit qu’il n’estoit pour lors nourry par les bandes en ceste guerre; et les bandons se faisoient ainsi de par luy, couronnel général des bandes de Piedmont. J’ay veu cela mille fois.
Ces deux armées, tant d’un costé que d’autre, firent peu de factions, sinon le siège de Paris, où le conte de Brissac en plusieurs escarmouches commança à se faire valoir; puis à la battaille de Sainct- Denis, où il fit très-bien ; en après au voyage de Lorraine1, où s’aydant quelquesfois de son infanterie,