Coligny
CODRONNELS FRANÇOIS. 15
vet. Encor qu’il fust brave et vaillant et de bon lieu, une dame, que je nommerois bien, luy valut cela.
Hélas ! si M. de la Chastaigneraye mon oncle eust vescu, et ne fust mort en son combat, M. de Chastillon comme j’ay ouy dire, n’eust eu ceste charge, encor qu’il la méritast autant que seigneur de France et qu’il eust la faveur de son oncle, M. le connestable; mais le rov Henry l’avoit promis plusieurs fois à mondict oncle, et advant et après son advènement à la couronne ; car il l’aymoit et l’estimoit bien fort : et aussi que la querelle, pour laquelle il combatit, estoit plustost celle de son maislre que la sienne; de sorte qu’il luy servit lors de champion, estant hors de combat comme roy. Quand il seroit de besoing, je conterois bien et la trouveroit-on ainsi.
U cognoissoit aussi mondict oncle fort capable de ceste charge; car dès-lors qu’il sortit hors d’enfant d’honneur du roy François, il s’estoit mis à l’infanterie; et, pour son commencement, se mit à porter l’harquebuz, et avoit faict faire demy-douzaine de balles d’or pour tuer l’empereur, me disoit-il, n’estant raisonnable que luy, estant grand et puissant, et plus que le commun, mourust de balles communes de plomb, mais d’or; dont le roy François, qui l’avoit nourry, l’en ayma tousjours fort despuis. •* Advant luy, le couronnel Fronsberg*, Allemand, fit faire une corde de fil d’or pour pendre le pape Clément, pour les raisons cy-dessus, au sac de Home : et comme fit la reyne Jehanne de Naples première,
' - 1 . Georges de Prundsberg , que Brantôi^e appelle ailleurs
> ' . Fr|msberq. (Voy$s j|Ke I, p. 353.)
qui fit estrangler le roy son mary d’un cordon d’or, encor foict de sa main, pour plus grand honneur*.
Le voylà donc mort en son combat, et sur le poinet que le roy son maistre luy vouloit et pouvoit monstrer par bons effeetz, tant en ceste charge qu’autres faveurs, combien il l’avoit aymé et l’aymoit.
Voylà donc M. de Chastillon pourveu en cet honnorable estât de couronnel général, auquel toute l’infanterie qui a esté de son temps, et venue despuis après, doit beaucoup ; car c’est luy qui l’a réglée et pollicée par ses belles ordonnances que nous avons de luy aujourd’huy imprimées* et tant practiquées, leues et publiées parmy nos bandes : mesmes que j’ay veu ses ennemis et contraires à son party, capitaines et autres, quand il venoit quelque difficulté de guerre parmy eux, disoient souvent, comme je l’ay veu : « Il faut en cela se gouverner et regler par les ordonnances de M. l’admirai. » Ilz avoient raison, car elles sont estées les plus belles et pollitiques qui furent jamais faictes en France. Et croy que, despuis qu’elles sont estées faictes , lés vies d’un million de personnes ont estéès conservées, et autant de leurs biens et facultez ; car auparadvant ce n’estoit que pilleries, volleries,briganderies, rançonnemens, meurtres, querelles et paillardises parmy les bandes; si
1 . Voyez dans un des volumes suivants la Vie de Jeanne de Naples.
2. Ces ordonnances que Brantôme, et on peut l’en croire, déclare avoir été imprimées, ont été publiées comme inédites dans le tonie VIII, t** série, des Archives curieuses de \’ Histoire de France. Elles y tiennent quatre pages. „• .
bien qu’elles ressembloient plustostcompaignies d’Arabes et de brigantz, que de nobles soldatz. Voylà donc l’obligation que le monde doit à ce grand personnage, qui n’est pas petite. Bien est-il vray que M. de Langeay du Bellay en avoit esté avant luy invanteur d’aucunes, lorsqu’il estoit lieutenant de roy en Piedmont; mais elles s’observoient assez négligemment. M. le prince de Melfe y en adjousta aussi, lesquelles il fit estroictement garder, et mesmes celles qui touchoient les querelles et les larrecins et destroussemens de vivandiers, et plusieurs autres. Mais M. de Chastillon en rendit et accomplit en cela l’œuvre parfaicte; et les fit si estroictement observer, qu’il en acquist le renom de très-cruel. Mais, pour cela, il ne s’en soucyoit guières, veu qu’au commencement de l’observation de telles loi\ nouvelles, et tant importantes, il le faut estre.
L’on en a veu le bien enfin qui en est revenu, et qui en reviendroit bien encor, si on en vouloit pratiquer et continuer la discipline. Mais aussi advant il faudroit payer le soldat : car, autrement, il ne se peut; autrement, c’est grande injustice de le faire mourir. .
Or estant donc M. de Chastillon couronnel, pour son principe* il fut debvant Bouloigne'; laquelle il brida et resserra de telle façon par bloques et fortz (et mesmes qu’il y en a encores un sur estre ’ et en nature, qu’on nomme le fort de Chastillon), qu’il la réduisit bienlosl à redition : ce que paradvant, du