Sur estre, qui subsiste
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temps du roy François, beaucoup de bons et grandz capitaines avoient failly. L’histoire de France le peut testiffier, et les Commentaires de M. de Montluc', sans que j’en parle plus advant.
En ceste guerre, il apprit aux Anglois un proverbe : « A cruel cruel et demv, ou bien du tout ; » car ilz estoient si cruelz à nos François et l’avoient tant estez qu’ilz ne s’en pouvoient désapprendre, tant ilz l’avoient pris en habitude. Qu’aussitost qu’un pauvre François estoit lumbé entre leurs mains, il ne falloit point parler de mercy ; car la vie s’en alloit; et se plaisoient quelques-uns à prendre leurs testes, et ficher au bout de leurs lances, picques, et en faire leurs parades, à la mode des Mores et Arabes. Mais M. l’admirai leur rendit bientost leur change et leur en fit de mesmes, voire pis : si bien qu’ilz vindrentaüx requestes et à demander la bonne guerre, qui leur fut octroyée à la mode du Piedmont, entre les François et Impériaux.
Je tiens ce conte de M. l’admirai mesmes qui me le fit en Périgord, sur le subject qu’il prit de faire le massacre des païsans qui avoient si maltraicté les Provançaux à leur deflaicte de la main desquelz plus en furent tuez que des soldatz; et pour ce, me dist-il, qu’il vouloit faire lesdictz païsans sages pour telles tueries et cruautez, comme il avoit faict les
1. En 1544, Boulogne, ayant été pris par les Anglais, fut inutilement assiégé par une année française dans laquelle se trouvait Monluc. Voyez scs Commentaires , édit, de Ruble, t. I, p. 291 et suivantes.
2. Après la défaite de Mouvans à Slensignac (Périgord), le 28 octobre 1568.
COURONNELS FRANÇOIS. 19
Anglois debvant Bouloigne. Aussi je vous jure qu’i s’y en fit un estrange carnage, car, par-tout où ilz passoient, vous n’eussiez veu que païsans par terre. En un chasteaude la Chapelle-Faucher *, près demoy, il en fut tué de sang-froid dans une salle deux cens soixante, après avoir esté gardez un jour. Mais comme je dis à M. l’admirai que telles exécutions se dévoient faire aux endroictz de ladicte deflaicte, il me respondit que c’estoit en mesme patrie, et que tous estoient mesmes païsans périgordins, et que l’exemple en demeuroit à tous, et la crainte de n’y tourner plus.
Tant y a, que l’on a tenu mondict seigneur l’admirai fort cruel; mais il falloit qu’il le fust, et mesmes luy le conlfessoit, comme je luy ay veu souvent conffesser que rien ne luy faschoit que les cruautez ; mais, pour les pollices et les conséquences, il y forçoit son naturel et son humeur; comme, lorsqu’il falloit monstrer une douceur et miséricorde, il estoit certes bon, doux et gracieux.
Le voyage d’Allemagne se présenta, où il se trouva commander à cent enseignes de gens de pied, et l’infanterie y fut très-belle et grande, qui toutesfois n’estoit pas toute bien pollicée et n’avoit encor appris ses ordonnances; je dis la plus grand’ part des compaignies nouvelles; mais bien leur servit de les apprendre bientost, aux despans de leurs compaignons mal reiglez et mal faisans, que l’on voyoit penduz aux branches des arbres plus que d’oyzeaux. C’estoient la pluspart de ces soldats nouveaux qui pensoient vivre en toute planière liberté de débor-