‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 80 sur 270 · Dans Vallès, passim · texte numérisé non relu

Dans Vallès, passim

son beau fourniment de Milan, monté sur une belle haquenée de cent escus, et en faire la proffession, menant tousjours six ou sept gentilzhommes et soldais bien signaliez, armez et montez de mesmes, et bien eu point sur bons courtaux : un jour, et du commancement , entrant dans l’armée du roy à fa Rochelle, il trouva un capitaine nouveau, qui venoit d’estre nouvellement emmollé1; et ne cognoissanl point ledict gentilhomme , qui d’ailleurs estoit assez cognu et amy de tous les vieux et signaliez capitaines, le capitaine donc nouvellet demanda au gentilhomme, qui paroissoit par dessus tous les autres, et estoit brave et marchoit le premier, parce qu’il le voyoit ainsi porter l’harquebuz, il luy demanda donc : « A qui estez-vous, soldat? « L’autre luy respondit : « Mon capitaine , nous sommes à nous-mesmes , et « ne cherchons que party à la solde, si vous nous la « voulez donner bien bonne. » L’autre, à voir encor sa mine et de ses compaignons, pensa que c’estoit quelque chose de bon et qu’ilz n’estoient pas gens de petites payes, leur respondit : « Possible, pourriez- « vous tant demander qu’il ne serait raisonnable de « vous donner ? a — « Or bien, mon capitaine, respon- « dit l’autre, je vois bien que vous ne nous voudriez o donner ce que nous voudrions ; nous vous baisons « les mains. Nous en allons trouver M. d’Estrozze « ou M. de Cossains : d’ailleurs nous sommes à « vostre service. »

t . £mmollé, cmoulu. Ce mot, que je n’ai trouvé nulle part, a probablement été forgé par Brantôme du verbe espagnol amolar , émoudre.

Le capitaine demanda après à quelqu’un de ses lacquays qui estoit demeuré derrière , quelz gens estoient ceux-là. 11 luy dist le nom du gentilhomme. Qui fut estonné? ce fut luy, disant : « Telz soldatz « sont de trop hautes payes pour moy »; et despuis le gentilhomme luy fit ressouvenir du tout. A quoy le capitaine luy porta grand honneur et tout respect despuis, car il le vist au logis du couronnel, M. d’Estrdzze , qui aymoit le gentilhomme autant que soymesmes, car il le valoit1 * * 4.

Je ne me sçarois passer de me divertir* quelquefois et bien souvanl de mon grand chemin ; mais pour tel divertir bien souvant on rencontre mieux.

Je retourne encor à nos couronnelz, comme vous pourriez dire de M. de Givry*, lequel fut couronnel de l’infanterie françoise en Toscane. C’estoit un seigneur de très-bonne part, de grand’ valeur et de très-belle façon et bonne grâce. Il avoit commandé auparadvant en l’armée du roy vers la Picardie, et à la frontière , à des chevaux-légers , et avoit choisy pour son lieutenant un brave gentilhomme de Périgord, le jeune Ferrières ‘, dict autrement Sauvebœuf, et fut tué devant Vallanciannes en un’ escarmouche qui fut attaquée , et M. de La Vallette (despuis fort renommé) sa cornette. Puis ledict M. de Givry quictant la cavallerie, il commanda à ceste infanterie de Toscane, où il acquist très-belle réputation. Il fut cu-

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