‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 79 sur 270 · Rengréger, faire empirer · texte numérisé non relu

Rengréger, faire empirer

dans les yeux du laict de ses beaux et blancz tetins , car elle n’avoit que trente ans , et de ses blanches mains me oignoit le visage de quelque graisse composée par elle, me tenant compaignie et de beaux discours. Mes gens me disoient bien sa beauté, mais après que j’accommençay à voir d’un œil , je cuyday mourir la voyant si belle ; mais elle me disoit tousjours que je fusse sage, car ell’ estoit fort femme de bien; et si ne voulut jamais me laisser aller que ne fusse du tout guéry; et m’en partys avec ses bonnes grâces, et la larme à l’œil d’elle et de moy.

Or ce M. de Valleron mourut sur la place, qui fut fort regretté. M. le mareschal luy assista fort en tout ce qu’il peut , et à son infanterie ; mais , estant fort blessé et couvert tant de sang, il falut qu’il se retirast. Il avoit du eommancement rompu l’advantgarde, mais le marquis de Muns arrivant avecqu’ un gros de cavallerie et de son infanterie espaignolle, il mit tous les nostres en routte, c’est-à-dire la cavallerie, qui ne fit point de résistance; mais l’infanterie, en combattant vaillamment, fut deflàicte, qui fut plus grand’ gloire à elle de mourir ainsi qu’à la cavallerie de se sauver. En quoy on donna ce jour grand’ gloire d’avoir très-bien fàict au eouronnel Valleron. Aucuns disent et l’escrivent : le capitaine Valleron seulement; mais pour cela il n’y a pas plus grand honneur en l’un qu’en l’autre; car le plus grand que l’on puisse donner à un grand homme de guerre , c’est de l’appeller capitaine. Voylà M. de Bayard, qui a esté si grand, que la plus grand’ part de la France ne l’appelloient que le capitaine Bayard ; fust ou qu’on ne se pouvoit désaceoustumer de luy

oster ce nom brave qu’il avoit acquis en ses jeunes guerres, ou fust- qu’on le trouvast pour lors très-beau et très-honnorable : mesmes les Espaignolz ne l’appelloient que simplement el capitan Bajrardo, et clans leurs livres ' vous verrez comme M. de Lautrec lieutenant de roy, l’appellent : capitan Lautreco, capitan La Pallissa , capitan La Trirnoulla, capitan Auhigny; la pluspart ainsi de nos capitaines les appelloient-ilz et les leurs , comme cl capitan Allarcon , qui avoit eu si grandes charges. Aussi le capitaine La Lande , qui avoit esté lieutenant de roy dans Landrecy, tenant le siège contre l’empereur avec M. d’Essé, on ne l’appella jamais’ que le capitaine La Lande , encor estant maistre d’hostel de roy. Et mesme estant mort, ayant esté tué dans Sainct-Dizier, compaignon de M. le conte de Sanserre, n’a esté appellé quetousjours le capitaine La Ixinde. Mais aujourd’huy le moindre qui commandera à un chétif régiment de pied, ou chétive eompaignie de chevaux-légers, il le faut appeler Monsieur, et non point Capitaine. Seroit luy faire tort, disent-ilz. De sorte qu’il faut dire à plusieurs : Adieu, monsieur, qui n estes pas capitaine , à propos d’un à qui l’on dist une fois : Adieu , mon capitaine , il respondit, pensant estre offaneé : Je ne suis pas capitaine, je suis gentilhomme. L’autre luy replicqua : Adieu donc, mon gentilhomme, qui n'estes pas capitaine. Celuy-là ne ressembloit pas un gallant gentilhomme de par le monde (qui est moy qui escritz cecy), qui, prenant un grand play sir ordinairement à la guerre de porter l’harquebuz à mesche et

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