‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de France (volume 2)Chapitre 89 sur 270 · Anne de Bourbon, vicomte de Lavedan · texte numérisé non relu

Anne de Bourbon, vicomte de Lavedan

vi — 12

M. de Bussy, qui estoit de soy assez umbrageux, sans que ceste enseigne blanche luy portast d’advantage d’umbre, il en parla à Monsieur pour la faire cacher, autrement il fairoit quelque désordre, d’autant que cela luy touchoit par trop. Monsieur le pria de temporiser un peu, et qu’il ne faloit pas mescontenter M. de Turaine, qui estoit un seigneur d’honneur et de moyens, et qui vouluntèrement l’estoit venu servir. M. de Bussy temporise deux et trois jours; enfin, perdant patience, se résolut, luy avec douze honnestes hommes, braves et bien choisys et déterminez, montez sur de bons chevaux d’Espaigne, de prendre et arracher et envahyr ce drapeau des mains du porte- enseigne-couronnelle à la teste des trouppes, ainsi qu’elles marchoient en campaigne, et le rompre à leur veue. 11 ne faut point doubter qu’il ne l’eust faict; car qu’est la chose impossible à une douzaine de compaignons braves, vaillans, résoluz et jurez1? Monsieur en sceut le vent, qui s’en fascha à M. de Bussy, d’autant que l’escandalie estoit irréparable et irréconciliable s’il s’en fust ensuivy; et puis accorda le tout.

J’ay ouy raconter ainsi ce faict à aucuns des jurez et déterminez de la compaignie, lesquelz je ne pourrois pas tous nommer, car il ne m’en souvient plus; mais, entr’autres, il y avoit le baron de Vitaux ’, l’un des plus déterminez, dangereux et assurez pour faire un coup, qu’homme de France, comm’ il en a faict d’autres plus hasardeux. Il avoit le brave chevallier

t. Jurez, conjurés.

2. Il en sera parlé longuement dans le Discourt sur les Duels.

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COURONNELS FRANÇOIS. 179

Breton, Piedmontois, vaillant au possible, et qui de fraiz estait venu de Piedmont pour avoir faict un coup résolu en tuant son ennemy : il a faict despuis de très-belles preuves de sa personne et de sa vaillance. Il y avoit Sayceval', homme d’affaire et de main, encor qu’il n’eust qu’un bras; il mourut despuis à Anvers, à la feste et festin de Sainct-Anthoine*, qu’il avoit aydé en partie à préparer et dresser. Il avoit aussi le jeune La Guyonniere, jeun’ homme, mais vaillant et asseuré. Il y avoit le capitaine Berthelomé, jeun’ homme; il s’appelloit le capitaine Provançal, mais je ne l’appellois jamais autrement, car il estoit filz de ce brave capitaine Barthelomé, provançal, qui estoit l’un des vieilles bandes d’Italie, que M. de La Molle emmena de Ferrare, comme j’ay dict cy-devant. Les autres qui estaient avec mondict sieur de Bussy me sont oubliez, dont j’en suis bien marry, car leur nom méritait bien d’estre dict et loué. Et aflin que je n’esgare ma mémoire dudict capitaine Barthelomé, il faut qu’en me destournant je face ce' petit conte de luy.

Il avoit esté à feu M. d’Aramont, et alla avec luy en Levant, lorsqu’il y fut envoyé du roy Henry en ambassade, qui fut receu et bien venu aussi honnorablement que jamais fut ambassadeur; carie Grand Seigneur, faisant le voyage de Perse, voulut qu’il vint avec luy, ce qu’il fit; et pouvoit avoir avec luy cent honnestes hommes, capitaines ou soldatz, bons et signaliez François, desquelz le Grand-Seigneur

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