I . En septembre
i. Emporta , en rapporta.
3. Jean de Bcaumanoir, marquis de Lavardin, maréchal de France (1393), mort à Paris en novembre 1614. Il se fit catholique après la mort de son père, qui avait été massacré à la Saint- Barthélemy.
4. Antoine de Silly, comte de la Rochepot, gouverneur de l’Anjou. Voy. p. 131.
vi — 13
la guerre de Flandres que son maistre y a faict, et qui a commandé à de très-belles trouppes et à de trèsbons et vaillants maistres de camp et capitaines. Ce fut luy qui commança dans Anvers à cellébrer la feste de sainct-Anthoine, où s’estant saisy d’une porte, donna le premier d’un coup de tracquet* dans le corps d’un bourguemaistre de la ville, et le tua tout roide mort. On dict que si tous les François de la porte eussent faict de mesmes que luy, et chascun eust tué son homme, la porte estoit à eux, et par conséquant les forces de dehors dans la ville, et la ville prise. Despuis, ledict M. de Rochepot a tousjours très-bien servy son maistre jusques à la mort. Il fut gouverneur d’Anjou, et tousjours en belle réputation. Venons à d’autres couronnelz.
Le roy de Navarre, en sa guerre huguenottique, a eu ses couronnelz aussi bien comme les autres. Il a eu le premier M. de Lavardin qu’il avoit nourry et eslevé dès son enfance, et estoient tous deux pareilz d’aage et de religion. Il sçavoit sa portée. Il l’avoit veu en affaires et le cognoissoit pour fort vaillant. Aussi le tenoit-on plus garny de vaillantises que de conduicte. Mais, soit ce qu’il fust, il n’a point eu de reproche en sa charge.
En la dernière guerre de la Ligue, il quicta sa charge, et tint le party contraire à celuy du roy de Navarre, qui l’avoit créé, et de faict, estant dans Niort avec M. de Malicorne son oncle, luy faisoit fort la guerre, à bon escient. En quoy on le tenoit trèsingrat, et le susdiet roy luy en portoit grand’ hayne,
t. Tracquet, poignard.
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mais non si cruelle qu’il ne luy envoyast tousjours quelque bon mot de guerre gentil, ou recommandations, et qu’il l’avoit nourry, et qu’il sçavoit ce qu’il portoit avec soy. Aussi, hors le cul sur la selle, il luy faisoit toutes les courtoisies qu’il pouvoit, et à ses gens.
Aucuns le tenoient ingrat; mais qui voudra considérer l’obligation qu’il avoit à son roy naturel, et celle qu’il avoit au roy de Navarre, il ne le trouvera si tasché de ce vice d’ingratitude qu’on diroit bien; car, outre le devoir naturel qu’il devoit à son roy, il luy estoit grandement tenu et obligé de la grâce qu’il luy avoit donné de la mort du jeune Randan ', qu’il avoit tué un peu trop promptement et légèrement, ce disoit-on ; aussi pour tel bienfaict servit-il bien le roy, et ferma les yeux à tout.
Avant ceste guerre de la Ligue , il estoit allé servir Monsieur en Flandres avecqu’une très-belle trouppe, et s’y fit fort remarquer. Pour fin, partout où il s’est trouvé il a faict très-bien; il avitailla Vitray* en Bretagne, assiégé de M. de Mercure ; il y avoit près de neuf mois qu’il n’en pouvoit plus et estoit prest à se rendre. Il y entra dedans avec forces fort heureuse-
1. « En ce mois de may 1578, dit l’Estoile, Lavardin, à Luccy en Vandomois, tua de sang froid le jeune Randan qui faisoit l’amour à la jeune dame de Lucey, riche veuve que ledit Lavardin aimoit pour l’cpouser; et, après ce meurtre si barbare, se retira en Gascogne vers le roy de Navarre, son mattre. »
2. Fitrajr, Vitré. Mercœur assiégea Vitré deux fois; la première fois en 1588, la seconde en 1589. C’est à ce dernier siège que fait allusion Brantôme. Le duc fut obligé de le lever le 4 août, après être resté non pas neuf mois, nomme le dit Brantôme, mais quatre mois et demi devant la ville.
ment et vaillamment; et puis (ce qui est le plus beau), après y avoir mis les gens qu’il faloit et pourveu à tout, il en sortit, luy guetté et attendu par toutes les portes, et empesché de barricades, de corps-degarde, de fossez, bref de tout; mais il sortit par la bresehe en menant les mains, luy et ses gens, comme un piffre. Enfin Vitray, qui s’en alloit perdu et exposé entre les mains de M. de Mercure dans peu, se sauva ainsi par le moyen dudict sieur Lavardin. Bref, je ne sçarois dire tant de bien de luy qu’il y en a, par lesquelz despuis il a esté faict mareschal de France. Puis il y a tant d’escrivains aujourd’huy, je leur en quicte la plume. Si diray-je encor comm’ il fut blasmé à la battaille de Coutras. Après avoir faict la première charge, il ne tourna au combat. Il n’estoit pas possible de mieux faire qu’il fit; car y estant mareschal de camp, et faisant la première poincte, il chargea si vaillamment et si furieusement, qu’il mit la cavallerie légère du roy de Navarre en routte, et, poursuivant son ennemy fuyant jusques à Coutras, et voulant tourner ne trouvant plus à combattre, retourna à son gros; il vit son général deffaict et mort, par quoy ce fut à luy à songer à se sauver à Aubeterre, comme les autres.
Il fut aussi blasmé de n’avoir bien recognu son champ de battaille, ny assis ses bataillons, ny rangé, ny logé ses gens, comm’ avoit faict ce brave, vaillant et expérimenté M. de Favas. A cela, comme j’ay dict , il estoit plus meslé de vaillance que de conduicte. Mesmes les huguenotz s’en esmayoient1 qu’on
i. S'en esmayoient , s’en étonnaient.
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I’avoit créé tel, car ilz le tenoient tousjours pour fort vaillant , mais non si sage et advisé comm’ il estoit requis en une telle charge. Sur quoy je me souviens qu’au siège de La Rochelle, comme vous sçavez qu’en telz endroictz et rencontres il y en a tousjours quelqu’un qui dict le mot, le capitaine Normand, qui estoit l’un des principaux chefs de léans , encor qu’il ne fust noble de lignée, mais fort de l’espée, car force l’avoient veu aux premières guerres goujat du sergent Navarre, d’une des couronnelles de M. Dandelot, il nous dist un jour en gaussant : « Vous n’a- « vez garde, vous autres messieurs, de vous fascher « .tant que nous , d’autant que vous avez avec vous « le fol et bouffon de la Cause, qu’est le jeune Des « Pruneaux et la petite monine ’ de la Cause, qu’est i Lavardin, qui est brave et vaillant; mais ilz vous « donnent mille petitz passe-temps, et font mille « petites gentillesses et singeries pour vous resjouir, « comm’ ilz faisoient à nous autres, avant que vous « nous les eussiez substraictz. » Je vis Des Pruneaux fort en collère de ces petitz brocards, voulant appeller au combat le capitaine Normand; et en consulta avecqu’ aucuns de ses amis, dont j’en estois l’un, à qui je dis en riant que c’ estoit un abus de le faire appeller là, car il n’y viendroit jamais, acquérant plus d’honneur et de gloire léans , dont il en estoit tout saoul et replet , que se battre à luy : et quant bien il y voudrait venir qu’on l’en engarderoit dans la ville, pour en avoir affaire ailleurs. Par quoy il