LA PAIX EST FAITE
C'est pour l'advenir.
Le Prince l'a engendrée,
La marquise l'a brassée,
La Royne l'a couvée,
Marcel l'a forgée,
Bourgerot l'a fourrée,
Henri l'a marchandée,
Henguan l'a plaidée,
Lansac l'a prononcée,
Le Roy l'a acheptée,
Paris l'a payée,
Daubray l'a changée,
Les héraults l'ont reculée,
Martigues l'a bruslée,
Chastillon l'a demandée,
Montmorancy l'a accordée.
Le chancellier l'a sellée,
L'Aubespine l'a signée,
Connor l'a pillée,
Monsieur de Sens l'a sallée,
Carnavallet l'a picquée,
Le prélat laurain de pœur l'a jurée.
Les estrangers l'ont plorée,
Espagne s'en est mocquée,
Romme en est abusée.
Et la France demeure pillée.
Cette pièce n'est pas la seule qui soit sortie de la plume de Brusquet. Il en existe une autre dont on ne connaît, je crois, que deux exemplaires, et dont je dois la communication à mon ami, M. Henri Bordier. Elle est intitulée : Epistre du seigneur de Brusquet aux rnagiiifiques
et lionnorés seigneurs syndic z et conseil de Ge/ièue. A Lyon, 1559, 4 feuillets m-12. Elle est pleine de bouffonneries et malmène fort les Magnifiques Seigneurs, contre qui il avait probablement quelque grief que nous ignorons. Elle se termine par cette phrase où il trouve encore moyen de médire de sa pauvre moitié.
Vostre obéissant et affectionné serviteur, plus sage que fol pour son prouffit, et sage quand il veut, le seigneur de Brusquet, premier fol du roy et vallet de sa chambre , huissier de la Royne, maistre de la poste de Paris et seigneur du viguier d'Antibes, et mari de la plus laide que le diable ch.. jamais. Ainsi soit-il de vous : et je dy qu'ainsi soit.
Ajoutons que Ton trouve dans la Revue rétrospective (tome IV, p. 5-33) et dans la première série des Archives curieuses^ tome HT, p. 274 et suivantes, un Mémoire de L'Aubespine sur la cour de Henri H , mémoire où Brantôme paraît avoir puisé son récit de quelques-unes des prouesses de Brusquet.
Enfin Brusquet est l'un des personnages d'une pièce satirique de Jacques Bienvenu , intitulée : Comédie facétieuse et très-plaisante du voyage de frère Fecisti en Provence^ vers Nostradamus. Nismes, 1582, 23 pages in-S".
n. Dédicace des Mémoires de Marguerite à Brantôme.
Ainsi que nous ravons dit dans la note 1 de la page 22, Marguerite dédia ses Mémoires à Brantôme. Cette dédicace qui, dans toutes les éditions, forme le commencement de l'ouvrage, nous devons la reproduire ici, car elle contient des renseignements jintéressants sur les rapports d'affection qui unissaient la reine et le gentilhomme péri-
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<T;ourdin. On y voit que le biographe, ou, pour mieux dire, le panégyriste, lui avait soumis son Discours, et qu'elle v avait trouvé quelques erreurs qu'elle lui signale , mais dont Brantôme, qui avait probablement ses raisons, ne paraît pas avoir tenu compte, car son récit des aventures de Pau et de l'attaque du maréchal de Biron sur Nérac diffère de celui des Mémoires. Quant aux affaires d'Agen et d'Usson, nous n'en pouvons rien dire, les Mémoires s'arrêtant à l'année 1582. Ajoutons que c'est probablenicnt pour se rendre à une observation de la princesse (juil a fait à un passage une petite correction que nous avons indiquée (voyez p. 61, note 1).
Je louerois davantage vostre œuvre, si elle ne me louoit tant, ne voulant qu'on attribue la louange que j'en ferois plustost à la philaftie * qu'à la raison, ni que l'on pense que, comme Thémistocle, j'estime celuy dire le mieux qui me loue le plus. C'est un commun vice aux femmes de se plaire aux louanges, bien que non méritées. Je blasme mon sexe en cela, et n'en voudrois tenir cette condition. Je tiens néantmoins à beaucoup de gloire qu'un si lionneste homme que vous m'aye voulu peindre d'un si riche |)inceau. En ce pourtraict, l'ornement du tableau surpasse de beaucoup l'excellence de la figure que vous en avez voulu rendre le subject. Si j'ay eu quelques parties de celle que m'attribuez, les ennuys, les eHaceant de l'extérieur, en ont aussi effacé la souvenance de ma mémoire ; de sorte que , me remirant en votre discours, je ferois volontiers comme la vieille madame de Rendan, qui, ayant demeuré depuis la mort de son mary sans veoir miroir, rencontrant par fortune son visage dans le miroir d'un aultre, demanda qui estoit celle-là. Et, bien que mes amis qui me voient me veulent persuader le contraire, je tiens leur jugement pour suspect, comme ayans les yeux fascinez de trop d'affection. Je croy que, quand vous viendrez à l'épreuve, vous serez en cela de
i . De oiXauTiot, l'amour-propre. Marguerite a employé encore ce mot dans la Ruelle mal assortie.
mon costé, et direz, comme souvent je l'escris par ces vers de
Bellay * :
C'est chercher Rome en Rome,
Et rien de Rome en Rome ne trouver.
Mais, comme l'on se plaist à lire la destruction tle Troye, la grandeur d'Athènes et de telles puissantes villes lors qu'elles florissoient, bien que les vestiges en soient si petits qu'à peine peuton remarquer où elles ont esté, ainsy vous plaisez- vous à descrire l'excellence d'une beauté, bien qu'il n'en reste d'autre vestige ny tesmoingnage ((ue vos escripts. Si vous l'aviez faict pour représenter le contraste de la nature et de la fortune, plus beau subject ne pouviez-vous choisir, les deux y ayants à l'envy faict essay de l'effort de leur puissance. En celuy de la nature, en ayant esté tesmoin oculaire, vous n'y avez besoin d'instruction. Mais en celuy de la fortune, ne le pouvant descripre que par rapport (qui est subject d'estre fait par des personnes mal informées ou mal affectées, qui ne peuvent représenter le vray, ou par ignorance ou par malice), j'estime que vous recepvrez plaisir d'en avoir les Mémoires de qui le peut mieux sçavoir, et de qui a plus d'interest à la vérité de la description de ce subject. J'y ay aussi esté conviée par cinq ou six remarques que j'ay faites en votre discours, où il y a de l'erreur, qui sont lorsque vous parlez de Pau et de mon voiage de France; quand vous parlez de feu M. le maréchal de Biron ; quand vous parlez d'Agen, et aussi de la sortie de ce lieu^ du marquis de Canillac.
Je traceray mes Mémoires , à qui je ne donneray plus glorieux nom, bien qu'ils méritassent celuy d'histoire, pour la vérité qui y est contenue nuement et sans ornement aucun, ne m'en estimant pas capable et n'en ayant aussi maintenant le loisir. Cette œuvre donc d'une après disnée ira vers vous comme le petit ours, lourde masse et difforme, pour y recepvoir sa formation. C'est un chaos duquel vous avez desjà tiré la lumière. Il reste l'œuvre
i . Du Bellay a dit
Nouveau venu Et rien de Ro