‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 27 sur 112 · Soudre, sourdre · texte numérisé non relu

Soudre, sourdre

5. « Le lundy, huitiesme jour d'aoust (1583), la reine de Navarre, après avoir demeuré en la cour l'espace de dix-huit mois, partit de Paris par le commandement du roy, pour en Gascogne retrouver le roy de Navarre son mary, par commandement du roy, réitéré par plusieurs fois, lui disant que mieux et j)lus honnêtement elle seioit près de son mary qu'en la cour de France où elle ne servoit de rien. De fait, partant le dit jour, elle s'en alla coucher à Palaiseau, oia le roy la fit suivre par soixante ar-

La guerre de la Ligue amprez arriva; et, d'autant que la reyne de Navarre se craignoit de quelques uns,

cbers de sa garde, sous la conduite de Larchant, qui la vint chercher jusque dans son lit et prendre prisonnières la dame de Duras et la demoiselle de Béthune, qu'on accusoit d'incontinance et d'avortements procurés. Furent aussi arrêtés Lodon, gentilhomme de sa maison, son écuyer, son secrétaire, son médecin et autres jusqu'au nombre de dix, et tous menés à Montargis, où le roy les interrogea lui-même sur les déportements de sa sœur, même sur l'enfant qu'il était bruit qu'elle avoit eu depuis sa venue en cour; de la façon duquel étoit soupçonné le jeune Chanvallon, qui de fait, à cette occasion, s'étoit absenté de la cour. Mais sa Majesté n'ayant rien pu découvrir, les remit tous en liberté, et licentia sa sœur, pour continuer son voyage ; et ne laissa pas d'écrire au roi de Navarre comme toutes choses s'étoient passées,

« Du depuis , le roy ayant songé à la conséquence d'une telle affaire, écrivit nouvelles lettres au roy de Navarre par lesquelles il le prioit de ne laisser, pour ce qu'il lui avoit mandé, de reprendre sa sœur; car il avoit appris que tout ce qu'il lui avoit écrit étoit faux. A quoi le roi de Navarre ne fit autrement réponse ; mais, s'arrêtant aux premiers avis que le roy lui avoit donnés, qu'il sçavoit certainement contenir vérité, s'excusa fort honnêtement à Sa Majesté, et cependant résolut de ne pas reprendre sa femme. De quoy le roy irrité envoya Bellïèvre avec mandement exprès et lettres écrites de sa main, par lesquelles, avec paroles piquantes, il lui enjoignoit de mettre proraptement à exécution sa volonté. Entre les autres traits des lettres du roy, étoit celui-cy : « Les roys sont sujets à être trompés, et les prin- « cesses les plus vertueuses ne sont pas souvent exemptes de la « calomnie. Vous savez ce qu'on a dit de la feue reine, votre mère, ce et combien on en a mal parlé. » Sur quoy, le roy de Navarre se pi'it à rire, et, en présence de toute la noblesse qui étoit là, dit à Bellièvre : « Le roy, par toutes ses lettres, me fait beaucoup « d'honneur; par les premières, il m'appelle cocu, et par les der- « nières fils de putain : je l'en remercie. » (Journal de L'Estoile août 1583). Cf. la notice placée en tête des Mémoires de Marguerite, édition Jannet, p. xvi et suivantes.

à cause qu'elle estoit très-grande catholique, elle se retira à Agen \ qui luy avoit esté donné, et le pays, par les roys ses frères, en apanage et en don pour sa vie durant : et puysqu'il y alloit de la relligion catholicque, et qu'il la falloit maintenir et exterminer l'autre, elle voulut fortiflier la sienne de son costé de tout ce qu'elle peut, et faire la guerre contre l'autre; mais elle y fust très-mal servie, par le moyen de madame de Duras^, disoyt-on, qui la gouvernoit fort, et qui soubz son nom faisoit de grandes exactions et concussions. Le peuple de la ville s'en aigrist, et soubz main en couva une liberté et moyen de chasser et leur dame et ses garnisons. Sur lequel mescontentement M. le mareschal de Matignon prist occasion de faire entreprise à la ville, ainsin que le roy, en ayant sceu les moyens, luy commanda aveq' une grand' joye, pour agraver ^ sa sœur, qu'il n'aymoit, de plus en plus de desplaisirs. Par quoy l'entreprise, qui pour la première fois avoit esté faillie, fut menée pour la seconde fois si dextrement par mondict sieur mareschal et les habitans, que la ville fust prise et forcée de telle sorte et en telle pretezze * et allarme, que la pauvre reyne tout ce qu'elle peut faire, fut que de monter en trousse derrière ung gentilhomme, et madame de Duras derrière ung autre, et se sauver de vitesse, et faire douze grand' lieues d'une traitte, et le lendemain autant, et se sauver dans la plus

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