‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 43 sur 112 · Marfondre, morfondre · texte numérisé non relu

Marfondre, morfondre

pouvoient croire ; je dis si elles estoient habilles, et sçavoient que c'est du jeu d'amour; et si elles ne croyoient pas que la comédie avoit esté jouée toute entière , sans se contenter de s'estre pourmenez à l'entour de l'eschaffaut. J'ay cogneu la dame sur son vieil aage, qui à la voir et l'ouyr parler, toutes femmes estoient putains, fors elle. Il s'en falloit * ce Iraict et plusieurs autres, car l'un amène l'autre.

J'en alléguerois une infinité d'exemples, et de femmes, et de mariées et à marier, et de filles, ainsin perjurantes et négatives % mais je les remetz à ung autre traitté, craignant encores d'avoir esté trop long en ceste disgression; mais je suis excusable, d'autant qu'elle m'est venue ainsin en ma pensée et mémoyre, si que possible je l'eusse peu oublier.

Et pour retourner à nostre princesse Jehanne de France, je croy que son mary, comme j'ay ouy dyre, l'avoit fort bien congneue et vivement touchée, encor' qu'elle fust ung peu gastée du corps, car il n'estoit pas si chaste de s'en abstenir, l'ayant si près de soy, et autour de ses costez; veu son naturel, qui estoit ung peu convoiteux, et beaucoup, du plaisir de Vénus, comme ses prédécesseurs. Mais il vouloit ratraper ses premières amours, qui estoit la reyne Anne, et ceste belle duché, qui luy donnoient de grandes tentations dans l'ame : et par ce, il répudia ceste princesse : et son sermant fut creu et receu du pappe, qui en donna la dispence, receue en la Sorbonne et court de parlement de Paris. En quoy ceste

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