‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 58 sur 112 · Fluant, coulant · texte numérisé non relu

Fluant, coulant

Mesdames

Charlotte,

Louise

se voulurent meslerd'en escrire des nouvelles à part, à l'immitation de la dicte reyne de Navarre, sçaichant bien que elle en faisoit; mais, quand elles eurent veu les siennes, elles eurent si grand despit des leurs qui n'aprochoyent nullement des autres, qu'elles les jettarent dans le feu et ne voulurent les mettre en lumière : grand* dommage pourtant, car, estant si spirituelles, il n'y pouvoyt avoyr rien que très-bon et très-plaisant, venant de telles grandes qui sçavoyent de bons contes.

Elle composa toutes ses Nouvelles, la pluspart dans sa lityère en allant par pays; car elle avoit de plus grandes occupations, estant retirée. Je l'ay ouy ainsin conter à ma grand'mère, qui alloyt tousjours avecq' elle dans sa lityère , comme sa dame d'honneur, et luy tenoit l'escritoyre dont elle escrivoit, et les mettoit par escrit aussi tost et habillement , ou plus que si on luy eust ditté. C'estoit aussi la personne du monde qui faisoit mieux les devises en fi'ançoys et latin et autre langue , qui fust point , comme il y en, ha un' infinité en nostre maison, en des lictz et tapisseries, qu'ell' a composées. J'en ay assez parlé pour asture; ailleurs j'en parleray encor'.

Pour dire que, comme j'ay dict, madame Claude fut fort heureuse en belle lignée de filles comme de filz, elle eust mesdames Charlotte et Louyse, ausquelles la mort par trop s'advançant les empescha de venir à l'aage parfaict et au beau fruict que leur jeunesse tendre en monstroit de belles fleurs; et si elles fussent venues à leur perfection d'années, elles

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