‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 59 sur 112 · MESDAMES CHARLOTTE, LOUISE ET MAGDELAINE · texte numérisé non relu

MESDAMES CHARLOTTE, LOUISE ET MAGDELAINE

n'eussent rien dheu à leurs antres sœurs^ ny en es- gj.

prit ny en bontez, car leur espérance en estoit très- Magdelaine belle. Si bien que madame Louyse avoit esté con- de France . promise à l'empereur Charles; mais elle mourut. Ainsin les beaux boutons de roses bien souvent sont emportez du vent comme les mesmes roses espanouies : aussi les jeunesses ravies ainsin sont jdIus à regreter cent fois que les vieillesses, qui ont assez paru au monde , et le dommage en est plus grand ; comme il fut quasi de mesmes qu'elles de madame Magdelayne de France leur sœur, laquelle n'eust grand loisir de jouyr heureusement de la chose du monde qu'elle avoit plus affectée, qu'estoit d'estre reyne, tant elle avoit le cœur grand et haut.

Elle fut donq' mariée au roy d'Eseosse; et ainsin qu'on l'en vouloit destourner, non qu'il ne fût, certes, ung beau et brave prince, mais pour estre condempnée à aller faire son habitation en ung peys barbare et une gent brutallc;, luy disoit-on, elle respondoit : « Pour « le moings tant que je vivray je seray reyne, ce que « j'ay tousjours désiré. » Mais quand elle fust en Escosse, elle en trouva le pays tout ainsin qu'on luy avoit dict, et bien différent de la doulce France. Touteffois, sans autre semblant de la repantance, elle ne disoit autre chose , sinon : « Hélas ! j'ay voulu estre reyne ; » couvrant sa tristesse et le feu de son ambition d'une cendre de patience, le mieux qu'elle

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