‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 62 sur 112 · La paix de Cateau-Cambrcsis en Kia · texte numérisé non relu

La paix de Cateau-Cambrcsis en Kia

fallust qu'il se rendist en une heure : tant le roy Henry désiroit la paix et aymoit sa sœur, qui ne vouieut rien espargner pour la bien colloquer ; mais pourtant la plus grand' part de la France et de Piedmont en murmuroient, et disoyent que c'estoit ung peu trop.

D'autres le trouvoyent fort estrange, et d'autres fort incroyable, jusquesà ce qu'ilz l'iieussent veu; et mesmes les estrangiers et s'en mocquoient de nous ; et ceu.v qui aymoient plus la France et son bien en pleuroient, lamentoient, et surtout ceux dePiedmont, qui ne vouloient tourner à leur premier maistre, si les ducz de Savoye se doibvent justement nommer maistres et seigneurs du Piedmont, d'autant que les roys de France le sont estez d'autrefois, et sont encores justes seigneurs, titulayres et maistres, et légitimement leur apartient.

Quand aux soldatz et compaignons de guerre, qui esloient jà si longtemps accoustumez aux garnisons, douceurs et belles nourritures de ce païs, ne faut point demander ce qu'ilz en disoient, commant ilz en crioyent, s'en désespéroient, et ce qu'ilz en débagouloient. Les uns, tant gascons qu'autres, disoient: «Hé! cap de Diou! faut-il que pour une « petite pièce de chair qui est entre les jambes de « ceste femme, qu'on rende tant de belles et grandes « pièces de terre? » Les autres : « Que maudict soit « le c. qui tant nous couste ! » Les autres : » Faut-il « qu'un vieux et pauvre c. s'enrichisse et se répare !i .de noz despouilles ! » Les autres : « Maugré Dieu « d'elle, de quoy elle n'est née sans c. ! » D'autres : « Vrayement ouy, on nous ia debvoit bien tant dire

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« et tant faire Minerve, déesse de chasteté, pour « venir en Picdmont changer de nom et se faire f. — <( à nos despans. » D'autres : « Elle debvoit bien gar- « der l'espace de quarante cinq ans* sa virginité et (( son beau pucellage, et le perdre pour la ruyne de « France. » Et d'autres : « A.I1 ! qu'elle doibt avoir le « c. grand pour engloutir tant de villes et chasteaux ; « et croy que quand son mary y sera dedans n'aura tf pas grand goust, car il n'y f... que des pierres et « murailles des villes qui sont entrées dedans. » D'autres^ disoyent qu'on le devoyt avoyr tondu et raz comme un moyne dès l'aage de quinze ans, el l'avoyr mis moyne en une religion, bien claustré' et renfermé, et qu'il n'eust jamais tasté de chayr ne veu son monde; d'autres disoyent pis : qu'on le luy debvoit cerner comme un essarneau*. Celluy là ne vaut rien. Bref, si je voulois débagouler une infinité de telles causeries, je n'aurois jamais faict, car asseurez-vous qu'ilz en disoient prou, et deschiffroient bien ce pauvre c, comme gens désespérez.

Que si de ce temps ilz fussent estez autant desraiglez, mutins et séditieux, comme despuis on les a

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