‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 76 sur 112 · Grégoire XI · texte numérisé non relu

Grégoire XI

4. Voyez Froissart, liv. II, chap, l, édit. du Panthéon, tome II, p. 62. Comme l'a fait remarquer M. Buchon, ce récit du chroniqueur est rempli d'erreurs. — Dans une phrase que Brantôme a supprimée, Froissart donnait pour père à Jeanne, Louis, roi de Sicile. — Charles de Calabre n'a pu tenir le discours qu'il lui prête ; car il mourut avant son père. — André, mourut, comme nous l'avons dit, non pas à Aix, mais à Aversa. Enfin, Jeanne avait eu de lui

ladicte reyne vint trouver le pape Clément* à Fondy; et diet comme ^ estant devant luy, elle s'humilia moult devant le pape, et se confessa à luy, et luy monstra toutes ses besongnes et jeu sans villenie*. Froissard use de ces propres mots : et se descouvrist de ses secretz à luy; et puis luy commança ainsin sa harangue, que je diray par mesmes motz dudict autheur, sans le changer.

« Père sainct, je tiens plusieurs grands héritages « et nobles, telz comme le royaume de INaples, de (( Scicille, Fouille, Callabre et la conté de Provence. « Mon père, luy vivant, il recongnoissoit toutes ces a terres de l'Eglise ; et me prist par la main au lict « de la mort, et me dict : « Ma belle fille, vous estes « héritière de moult riches et grands païs et croy « bien que plusieurs grands seigneurs tendront à « vous avoir à femme, pour les beaux héritages et « terres que vous tindrez. Or, veuillez user de mon « conseil, et vous mariez à si haut prince, qu'il soit « puissant de tout tenir en paix et voz héritages : et « s'il advient ainsin, et que Dieu le consente, que « vous n'ayez nulz hoirs, si remettez tous voz héri- « tages entre les mains du Sainct Père qui pour ce « temps sera ; car le roy Robert, mon père, au lict o de sa mort le me chargea ; par quoy, ma belle fille, « je vous l'en charge et je m'en descharge. » Et « adonq'. Père Sainct, je luy promis par ma foy,

un fils posthume , Charles-Martel , mort en Hongrie , à deux ans, et son second mari fut non pas Charles, mais Louis de Tarente.

i. Clément VII.

2. Brantôme a rajouté en marge : Ce mot met en cervelle force autres fringantes.

« présens tous ceux qui en la chambre pouvoient « estre, que je luy accompliroys tout son dernier « désir. Vray est, Père Sainct, qu'après son tres- « pas, par le consentement des nobles de Scicille et « de Naples , je fus mariée à Andry d'Hongrie, frère (t au roy Louys d'Hongrie, duquel je n'ay eu nulz « hoirs, car il mourust jeune homme, à Aix en Pro- <( vence.

« Despuis sa mort, on me maria au prince de Ta- « rante, qui s'appelloit messire Charles; et en heuz « une fille. Le roy d'Hongrie, pour la desplaisance « qu'il heust du roy Andry, son frère, fist guerre à « mon mary, messire Charles de Tarante, et luy vint « tollir Pouille et la Callabre, et le prist en bataille « et le mena prisonnier en Hongrie ; et là mourust.

« Et puis, par accord des nobles de Scicille, je (( me remaryay au roy James de Majorque, et man- « day en France messire Louys de Navarre ^, pour « espouser ma fille; mais il mourut sur le chemin.

« Le roy de Majorque, mon mary, se despartist « d'avecques moy, en intention et vollonté de re- « conquérir son héritage de Majorque que le roy « d'Arragon luy tenoit à force; car il en avoit désce hérité et faict mourir son père en prison '. Bien « disois-je au roy mon mary qu'estois dame assez (< puissante de richesses pour le tenir en tel estât « qu'il voudroict; mais tant me prescha et monstra

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