Cuider, présomption
POESIES INEDITES. 403
Qu'il est mal avisé celiiy qui veut monter
Si haut plus qu'il ne peut, cuidant bien surmonter,
Comme ces fols Géans, les Dieux bandez ensemble !
Mais bien qu'un tel amour m'ait esté peu heureux, Comme il m'a fait content et gaillard amoureux, J'en puis bien triompher bravement, si me semble.
ÏV
Et de quoy sert d'estre Dame si grande, D'un clin de l'œil monstrer sa volonté Et de marcher avec autorité, Estre obéie aussitost qu'on commande ?
Que sert d'avoir tant de cœurs pour offrande
Vestir son corps comme une Déité,
Estrc parfaite en extrême beauté,
Luyre au plus haut d'une amoureuse bande ?
Que sert aussi nourrir dedans vos yeux Tant de doux feux, de regards gracieux, Avoir l'honneur, avoir la bonne grâce
De tant gentilz et braves courtizanz ?
Bref que vous sert la verdeur de vos ans Pour dormir seule et froide comme glace ?
Ainsi qu'un fan qui a perdu sa mère Hors de son bois esgaré, seul s'enfuit, Or' sur un mont séparé de tout bruit, Or' en un val qu'il voit plus solitaire,
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Et seul et triste on le volt plaindre et braire; Et s'il entr'oit * une feuille qui bruit, Ou s' un ^ lézard seuUement se conduit Près du buisson de son désert repaire,
Tousjours, tousjours il tremblotte de peur, De ses genous, de tout son faible cœur. Ainsi errant vous me fuyez, Maistresse,
Je ne suis point un tygre ravissant Ou un lyon de fureur rugissant Qui, affamé, vous prenne de vistesse.
S'il estoit aujourd'huy un tel arc amoureux Qu'il estoit du bon temps de la brave jeunesse Des Chevaliers errans ', qui peust par sa finesse Nous monstrer bien au vray un amant langoureux,
Certes, tel fait estât d'estre ferme en ses feux Et de jurer cent fois n'avoir qu'une maistresse, Qui puis après seroit descouvert, par l'adresse De cet arc si loyal, en sa foy malheureux.
Mais quel plaisir, aussi, nous seroit-ce des Dames ' Qui font semblant d'aimer et nourrissent noz âmes D'un ris, d'un propos faint ' d'un hameçon commun?