RECUEIL
D'AULCUNES RYMES DE MES JEUNES AMOURS QUE J'AY D'AUTRKFOYS COMPOSE TELLES QUELLES»
Ne pensés pas de lire icy des vers Si bien limez que peut faire un Jodelle, Ou un Ronsard qui, d'une aisle immortelle, Se sont poussez par dessus l'Univers.
Non, ilz ne sont bigarrément ^ couvers D'un beau parler, d'une sentence belle, Mais des rigueurs d'une Dame cruelle Qu'eir fait sentir par des effets divers.
Et s'il/, ne sont remplis de telle grâce, Le feu, le froid qui me brûle et me glace Je trace icy, pour le moins, fort content.
Et dy, bien plus, que mes belles maistresses Font plus valoir mes heureuses prouesses Que le beau vers d'un Ronsard ne s'estent,
4 . Ce titre est écrit de la maia de Brantôme, ainsi que les corrections que nou donnons avec l'indication de variante.
•2. De couleurs variées.
402 POESIES INEDITES.
Qui voudra voir un amant misérable Ourdir le fil de son propre malheur, Se despiter, se douloir dans le cueur, Sans nul espoir de son mal pitoyable,
Qui voudra voir une playe incurable.
Un feu cuisant, une peine, une ardeur
Que fait sentir la jeunesse et l'erreur
Pour les beaux yeux d'une Dame indomptable.
Lise ces vers, remplis de passions, Francs de raison, esclaus * d'affections. Il cognoistra combien grande est la peine
D'un pauvre amant quand il se vient ranger, Pipé d'espoir, aveuglé de danger, Sous la beauté d'une cruauté pleine.
Si j'ay voulu si haut sur l'Amour entreprendre * Et peu discret que suis, d'un vol audacieux, Ataquer j'ay osé, comme un de nos grandz Dieux, Ores que mal me baste ' , à qui m'en doy-je prendre
Qu'à mon trop fol cuider ^, cuider d'un Alexandre Qui, bravasche, cuidant se donner dans les yeux D'une Divinité un plaisir gracieux, Embrazé tout à coup, est venu tout en cendre?