f'ar. Belle
432 POESIES INEDITES.
AU MEME
Je ne veux plus ainsi pétrarquizer, '"aindre l'amour sous un parler si sage, Ny descouvrir mon cœur par le visage, Je veux d'Amour librement deviser ;
Je ne veux plus si fort temporiser, Cacher mon feu, ma fureur et ma rage, Couver mon mal sous un ardant courage; C'est trop l'amour sottement de'guiser.
Je cognois bien que la bouche indiscrette Nuit quelquefois à la chose secrette.
Mais quoy ! Talard, il faut venir au point.
Je l'aime bien ; si faut-il d'avantage :
Il faut jouyr, il faut passer sa rage,
Car, pour parler, le feu ne s'esteint point!
AU MEME
Talard, si vous aimez Rouet pour vostre Dame, Pour vous assujettir sclave * de sa beauté. Pour lui offrir, ainsi, à jamais - loyauté, Offrir à son autel le feu qui vous enflamme;
Je l'aime bien aussi, j'en sens pareille flamme Je la crain plus aussi qu'un Mars tout irrité.
< . Esclave ; en italien schiav 2, Far. Guarder.
POESIES INEDITES. 433
Je lui mets à ses pies ma douce liberté ;
Elle a gaigné sur Dieu la moitié de mon ame.
Ah! Dieu, qui eust pensé qu'un feu de ses chaleurs, Venant d'un mesme lieu, eust embrazé deux cœurs ? C'est ce que le soleil au monde sçauroit faire.
Mais le soleil nous fait vivre de sa clarté ; Elle, nous fait mourir de sa grande beauté, De son regard à nous injustement contraire.
Qui n'a veu d'autresfois une plaisante aurore, ' Après que la nuit vient de parfaire son tour, Paroistre dans le ciel nous annonceant le jour D'autre bigarrement* qu'un paintre ne colore.
Il verra donc Rouet que saintement j'adore Paroistre dans le ciel'' avec un trait d'Amour, Embellir de ce Roy ores ce beau séjour, Le dorer d'un autre or qu'autre dame le dore.
Mais aussi qui a veu le beau jour arriver, Avec un manteau blanc peu à peu s'eslever, L'on voit soudain l'Aurore estaindre sa lumière,
Comme l'on voit Rouet perdre ce taint vermeil Se cacher tout à coup et passer sa carrière *■, Alors que Chasteauneuf ^ lui " monstre son soleil
< . Cette comparaison de l'aurore est celle qu'affectionnait Brantôme, car c'est à elle qu'il comparait Marguerite de Navarre devant Ronsard. Voy. t. VIII, p. 34,