‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 139 sur 181 · RESPONCE · texte numérisé non relu

RESPONCE

Ne pensez pas que la grand' avarice Me face tant oublier mon devoir, Que, peu discret, je présume d'avoir Le grain d'un champ qui n'est sujet à vice.

Je ne fay pas, Madame, l'exercice D'un usurier quand il vient à se voir Frustré du grain * qu'il pensoit recevoir, Qui quitte Dieu, la force et la justice.

Mais, moy, selon que l'année sera Heureuse ou triste, hélas ! on ne verra Changer ma foy qui vous est adressée.

Aussy je croy que vostre gentil cœur Rend plus constant un loyal serviteur Que de quelque autre une gerbe amassée.

i . La pauvreté des cultivateurs faisait qu'ils payaient en nature, en grain, ainsi que la dîme, les intérêts des sommes empruntées.

POESIES INEDITES. 'i4o

Las ! on dit que l'espoir nourrist l'affection

Et que c'est liiy qui donne à l'Amour accroissance ;

Et j'airae toutesfois n'ayant nulle espérance,

Si ce n'est par la mort, sortir d'affliction.

Ce triste de'sespoir, chef de ma passion, Ne me peut esmouvoir * de ma perse'vérance ; Mais ce qui plus me tue, accroissant ma souffrance. C'est que je suis contraint d'user de fiction.

Hélas ! je scay assez qu'en ma haute entreprise Une discrétion est bien propre et requise ; Mais mon sens esgaré n'entend pas le secret ;

Car, puisque je vous aime et que rien je n'espère, J'ay bien perdu le sens. Or se pourroit-il faire Qu'ayant perdu le sens je peusse estre discret?

Je me travaille assez pour oster l'apparance

De la douleur qui rend mon cceur si douloureux,

Mais, hélas ! je ne puis. Un parfait amoureux

Ne peut cacher un feu qu'on n'en ait cognoissance.

J'y fais tous mes effortz ; j'y vois ^ d'une asseurance Pour le tenir secret au peuple malheureux. Mais mon penser volage et mon œil langoureux Descouvrent, trop à plain, de mon feu la puissance.

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