RESPONCE
Ne pensez pas que la grand' avarice Me face tant oublier mon devoir, Que, peu discret, je présume d'avoir Le grain d'un champ qui n'est sujet à vice.
Je ne fay pas, Madame, l'exercice D'un usurier quand il vient à se voir Frustré du grain * qu'il pensoit recevoir, Qui quitte Dieu, la force et la justice.
Mais, moy, selon que l'année sera Heureuse ou triste, hélas ! on ne verra Changer ma foy qui vous est adressée.
Aussy je croy que vostre gentil cœur Rend plus constant un loyal serviteur Que de quelque autre une gerbe amassée.
i . La pauvreté des cultivateurs faisait qu'ils payaient en nature, en grain, ainsi que la dîme, les intérêts des sommes empruntées.
POESIES INEDITES. 'i4o
Las ! on dit que l'espoir nourrist l'affection
Et que c'est liiy qui donne à l'Amour accroissance ;
Et j'airae toutesfois n'ayant nulle espérance,
Si ce n'est par la mort, sortir d'affliction.
Ce triste de'sespoir, chef de ma passion, Ne me peut esmouvoir * de ma perse'vérance ; Mais ce qui plus me tue, accroissant ma souffrance. C'est que je suis contraint d'user de fiction.
Hélas ! je scay assez qu'en ma haute entreprise Une discrétion est bien propre et requise ; Mais mon sens esgaré n'entend pas le secret ;
Car, puisque je vous aime et que rien je n'espère, J'ay bien perdu le sens. Or se pourroit-il faire Qu'ayant perdu le sens je peusse estre discret?
Je me travaille assez pour oster l'apparance
De la douleur qui rend mon cceur si douloureux,
Mais, hélas ! je ne puis. Un parfait amoureux
Ne peut cacher un feu qu'on n'en ait cognoissance.
J'y fais tous mes effortz ; j'y vois ^ d'une asseurance Pour le tenir secret au peuple malheureux. Mais mon penser volage et mon œil langoureux Descouvrent, trop à plain, de mon feu la puissance.