‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 140 sur 181 · F'oiSj vais · texte numérisé non relu

F'oiSj vais

4'in POESIES INEDITES.

Ne m'en voulez point mal, je vous supplye, Madame, Celuy qui n'aime point peut desguiser sa flamme D'une façon subtile, et se faindre discret ;

Mais moy qui ay le cœur blesse à toute outrance, Je ne sraurois tenir mon tourment si segret, Ou bien, il faut fuir de loing vostre pre'sence.

CE SONNET n'a pas F.STÉ FAIT DE MOY, MAIS UN GALANT HOMME • l'a fait pour moy et poub ma MAISTRESSE *.

Solitaire et pensif dans un bois escarté, Bien loin du populaire et de la tourbe e'paisse, Je veux bastir un temple à ma grande Déesse Pour y offrir mes vœus à ma Divinité.

Là, de jour et de nuit, par moy sera chanté Son pouvoir, ses vertus, sa gloire et sa hautesse, Et, dévot, son beau nom invoquerai sans cesse Quand je seray pressé de quelque adversité ;

Mon œil sera la lampe, et, la flamme immortelle Qui me va consumant servira de chandelle ^ Je serviray d'autel à mes souspirs et vœux.

1 . Ce galant homme est Philippe Desportes, abbé de Tbiron, et le sonnet porke le n" XLIIl du I*' livre de Diane ou Premières amours de Pli. Desportes, OEuvres, Rouen, Du Petit F al. l6H. Brantôme eu ne donnant pas le nom de l'auteur permet de supposer que Desportes n'avait pas encore, quand il fit ses vers, la réputation qu'il s'acquit depuis, A la suite de ce sonnet le manuscrit contient, sans aucune indication ni explication, sept sonnets dont Brantôme n'a pas jugé à propos de nommer l'auteur qui est Joacliim du Bellay dans les œuvres duquel ils sont imprimés. Ce sont les pièces IV, V!I1, IX, XIII, XVII, XIX et XX des Amours (Edition de Abel L'Angclier. Paris iB84).

2. Ce mot qui nous paraîtrait ridicule aujourd'hui en poésie était alors synonyme de flambeau et servait de comparaison à de beaux yeux brillants j du reste Desportes a ainsi changé ces vers en les faisant imprimer :

Mon œil sera la lampe ardante continuelle Devant l'image sainte d'une Dame si belle, ^ Mon corps sera l'autel.

POESIES INEDITES. 447

Par mille et mille voix je clianteray l'office ;

Puis espanchant mes pleurs et coupant mes cheveux,

Je feray de mon cœur, tous les jours, sacrifice.

Celuy qui veut scavoir tout le contentement Qui se peut espérer d'une amour vertueuse, Ce qu'elle a de pouvoir pour rendre bien heureuse La foy, la loyauté d'un très fidelle amant;

Celuy qui voudra veoir le plus cruel tourment Qu'Amour onc' inventa pour rendre malheureuse La chère liberté d'une âme généreuse, Par la légèreté d'un soudain changement ;

Il se doit informer des discours de ma vie, Et veoir en quel malheur a esté convertie Ma grand' félicité par le piteux effet ;

Que l'infidéUté d'un amy contrefait *

Imprima, sous couleur d'une amoureuse flamme,

Dans l'esprit insensé d'une légère femme.

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