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POESIES INEDITES. 465
A LA MKME.
D'aucun amour je ne suis offensé, Si sents-je bien que j'ay l'a me ofTensée, Et si je sens un hoste en ma pensée, Un nouvel hoste oij je n'avois pensé.
Ainsi le cerf par la plaine est lancé ; Portant au flanc la sagette lancée, Sent bien le coup dont sa vie est blessée, Et ne cognoist celuy qui l'a blessé.
Mais si j'avois à sentir telle playe,
Que sans secours, en vain guérir j'essaye,
Que ne m'est-il permis de requérir.
Comme jadis en la guerre troyenne, L'ayde que list la hache Pélienne* Qui seul Téléphe et blesser et guerrir.
A LA MKME.
Hélas! Limeuil, je fais ce que je puis Pour adoulcir l'effort de mon martire.
Et toutes fois je sens bien qu'il empire Lorsque mes yeux à vous veoir je réduitz.
Je vois pensant, tous les jours et les nuitz,
A ce bel œil qui doucement me tire ;
Je vois pensant et si ne l'ose dire.
De peur que j'ay d'augmenter mes ennuitz,
4. La lance du fils de Pélcc, d'Achille. Voyez Dictys de Crète, liv, II, cli, iO,
466 POESIES INEDITES.
Si je le dis on ne voudra })as croire
Que n'ayant veu que bien peu votre face,
Elle ait si tost asservy mon courage ;
Mais qui voira vostre gorge d'ivoire,
Voz deux beaux yeux et vostre bonne grâce,
Il le croira et beaucoup d'avantage.
A L\ MKME.
Linieuil, sur qui la Nature et les Dieux Ont employé' tout leur art et sçavoir Pour nous monstrer comme dans un miroir Tout le plus beau qui fust dedans les cieux :
Puisque de vous ilz sont si envieux Qu'ilz ont voulu de tant d'heurs vous pourvoir, Seroit-ce mal s'un * humain pour vous veoir ^ De vos beauté/, devenoit amoureux?
S'il est ainsi et que je ne soye digne De vous aymer comme chose divine, J'aye pour le moins mon âme qui en tient.
Permettez donc que mon âme contem})le De vos beauiez l'inimitable exemple, Puisqu'au divin le divin appartient.
A LA MKME.
Si l'on pouvoit sans offenser la loy.
En soy choisir et former une image