A MADEMOISELLE DU LUDK*, SUR SA BEAUTÉ
Qui vouldi'a veoir une exquise beauté, Un œil remply de douce mignardise, Un désir franc, une âme bien apprise, Un corps vestu de toute honnesteté ;
Quivouldra veoir une humble privaulté, Une parolle et un cœur sans feintise, Qui vouldra veoir son âme tost esprise D'un feu mignard exempt de cruauté ;
Bref, qui vouldra son cœur estre ravy, Et soubs autruy le veoir tout asservy.
Vienne veoir Lude, en qui ont mis les cieux
seigneur de Barbezieux ; Anne, mariée au seigneur de Piennes; Antoinette, mariée au maréchal d'Aumont.
1. Cette pièce est transcrite deux fois dans le manuscrit. Le premier texte donne au 3' vers le nom de Mlle de Brion; dans le second texte l'hémistiche où est son nom est remplacé pnr celui-ci : ces hefitix yeux pleins d'attraits.
2. Anne de Daillon, qui épousa Jean de Buri!, comte de Sancerre.
478 POESIES INEDITES.
Tant de douceur et tant de gentillesse, Que la voyant se tiendra bien heureux Cil '■ qui mourra pour si belle maistresse.
A MAUEMOISELLK Dli KOUET.
Je n'ay eu nul repos depuis que j'eus au cœur Les I)eaux traicts de vos yeux qui me firent malade, Car soit que seul je sois aux champs, à la bourgade, J'ay tousjours le front bas, abatu de langueur.
j'ay voulu esprouver si de Mars la fureur Allantiroit ^ mon mal; mais soit qu'à l'ambuscade Je fusse toute nuit, transi dans ma sallade*, ^ïoins je trouvois la paix en tant as])re douleur.
Je n'ay jamais. Rouet, souffert douleur pareille,
Et si ay de mon sang veu la terre vermeille
De lance, arquebuzade, et d'espée en maincts lieux.
Crny donc que l'on n'esprouve en guerre plaie telle Que celle qui nous vient au cœur jjar les beaux yeux D'une chaste beauté humainement ciuelle.
Aime* Océan, père de l'Univers, Qui sépare les quatre pars du monde, Voulus choisir ceste grand' mer féconde Pour le séjour de tes membres divers.