La mesure
fJOO POÉSIES INEDITES,
L'Amour a bien des traitz dont la subtile amorce Fait le feu dedans nous, nous seniond * et nous force ; Mais l'honneur qui séjourne au plus haut de noz yeux Estaint tout aussy tost le brazier qu'il attize ; La vertu qui le suit rompt le trait qu'il aiguize, Nous traçant le sentier pour cheminer aux cieux.
Je de'teste l'erreur de ces folles qui disent Que l'honneur est bourreau de l'aise, et le mesprisent. L'honneur est mon thrésor, ma richesse et mon bien, L'honneur est l'esmeraude en la bague enchâssée; Si la pierre se perd, la bague est délaissée, Puis l'on la met au coffre et ne sert plus de rien.
Si j'aime le parler, l'honneur, la gentillesse, La grâce, le discours de quelcun qui s'addresse A me faire service, et, me doit-on blasmer? Le soleil est bien haut, toutes fois il n'engarde Personne d'icy bas que l'on ne le regarde. L'honneur et la vertu se peut tousjours aymer.
Ah ! que d'un clair cristal ma poitrine n'est faite, Afin qu'il veit à l'œil mon amitié parfaite. Et qu'un seul point d'honneur et la seule vertu. De deux soldatz suyvie et de crainte et de honte, Tient le fort en mon cœur, lui commande et le dorate, Et que d'un autre amour il n'est point combatu.
Cristal n'est-elle pas, mais bien une fourn;iize, Mes pensers, les charbons ; mes regretz sont la braize ; L'enclume c'est mon cœur, le marteau, mon soucy ; Mon honneur est le fer qui se bat sur l'enclume ; L'Amour est le Vulcan; le feu qui s'y allume Le despit insensé d'estre sans cause ainsy.
Il faut donc que je sois la tourtre ^ qui se branche Non plus sur ces lauriers, mais sur la seiche branche ; Aimant pour son confort les lieux les plus secretz. Elle hait compaignie et fuyant la verdure Veut prendre seulement le sable pour pasture Et seulette, à part soy, fait ses tristes regretz.