Garse ^ fille; c'est le fe'minin de gars
3. Brantôme a raconté toute cette histoire,!. VIT, p. 490-193.
Comme j'ay dict, elle estoit des plus belles qu'on eust sçeu veoyr, et des plus aymables delà cour. Par cas, un père cordellier qui presehoiL ordinairement devant la reyne, en devint tellement amoureux qu'il en estoit perdu en toute contenance; et quelquesfois en ses sermons se perdoit quand il se mettoit sur les beautez des sainctes vierges du temps passé, jettant tousjours quelque mot couvert sur la beauté de ma dicte tante, sans oublier ses doux regards qu'il fischoit sur elle : et quelquesfois en la cliambre de la reyne prenoit un grand plaisir de l'arraisonner, non de motz d'amour pourtant, car il y fust allé du fouet, mais d'autres motz umbragez* tendans à cela. Ma tante n'approuvoit nullement ses discours, et en tint quelques propos à la gouvernante d'elle et de ses compaignes. La reyne le sceut, qui ne le put croire à cause de l'babit et saincteté de l'homme; et poiu' ce coup dissimula jusques à un vendredy sainct qu'il preseha la Passion à l'accoustumée debvant la reyne; et d'autant que les dames et filles estoient placées et assises debvant le beau Père, comme est l'ordinaire, et qu'elles se représentoientà plein debvant luy, et par conséquent ma tante, le beau Père, pour l'introït et thème de son sermon, il commanea à dire : « Poiu^ « vous, belle nature humaine, et c'est pour vous pour « qui aujourd'huy j'endure, dit à un tel jour Nostre- (i Seigneur Jésus-Christ; « et, enfdant son sermon, il fait rapporter toutes les douleurs, maux et passions que Jésus-Christ endura à sa mort pour nature humaine et à la croix, à ceux et celles qu'il enduroit
i. Unibragez^ couverts, voilés.
pour celle de ma tante ; mais c'estoit aveeques des motz si couvertz et paroles si umbragées, que les plus sublimes* y eussent perdu leurs sens. Quelle méditation pourtant ! La reyne Anne qui estoit trèsliabille et d'esprit et de jugement, mordit là-dessus : et en avant consulté les vrayes parolles de ce sermon, tant aveeques aucuns seigneurs et dames que sçavantes gens qui y assistoient, trouvèrent que le sermon estoit très-escandalleux, et le père cordellier très-punisable, ainsy qu'il fiist en secret très-bien chastié et fouetté, et puis chassé sans faire escandalle. Voylà la récompense des amours de ce monsieur le cordellier, et ma tante bien vengée de luy, duquel elle estoit souvent importunée de parler à luy; car, de ce temps il ne falloit pas, sur peine, desdire ^ ny refuser la paroUe à telles gens, que l'on croyoit qu'ilz ne parloient que de Dieu et du sallut de l'ame.
Après madicte tante Louyse, vint en sa place sa sœur et ma tante, Anne de Bourdeille laquelle estoit filiole de la reyne Anne : et de ce tempz, les grandz seigneurs, et mesmes mon grand-père, estoient fort curieux que les grandz roys ou princes, ou reynes et princesses, tinssent leurs enfants sur les fondz; ce qu'ilz n'offroient à toutes maisons, si non aux grandes. Geste Anne de Bourdeille fut maryée aprez à la cour aveeques M. le baron de Maumont, l'une des grandes maisons de Limosin, Elle ne fut si belle que
1. Sublime^ ce mot n'a aucun sens ici. Je crois que c'est un mol mal lu ou une faute d'impression, et qu'il faut le remplacer par s!;hlins (subtils), expression souvent emplojee par Brantôme.