‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 23 sur 181 · Eschapper^ laisseï' partir · texte numérisé non relu

Eschapper^ laisseï' partir

son vallet de chambre seulement et un lacquais^ et aveeques tous ses chiens et lévriers s'en alla jusqu'à une demy-lieue dans sa terre^ tousjours chassant : et estant venu à un village, il faict entrer tous ses chiens dans une grange, et les bien renfermer léans^, et donner bien à manger; et commande au maistre de la maison et de la grange que, sur la vie, il ne leur ouvre en façon du monde^ jusqu'à ce qu'il soit de retour, qui pourroit estre sur le soir ; ou, si de cas il ne revenoit, qu'il ne faillist de leur ouvrir sur le soir, et qu'il les laissast aller seulement, car ilz s'en retourneroient à Bourdeille; ce que le paysan ne faillit. Cependant mon père gaigne chemin, et fait douze ijrandes lieues d'une traicte, tirant vers Lvon.

Son père le soir, voyant son fdz n'estre tourné, s'en estonne, croyant qu'il se fust trop amusé à la chasse. Mais, le lendemain au matin, quand on luy vint rapporter que tous ses chiens et lévriers estoient à la porte du chasteau, il fut en peine et allarme, et dépescha aussy tost gens partout pour sçavoir ce qu'il estoit devenu, qui luy rapportèrent au vray l'histoire qu'ilz avoient apprise du paysan qu'ilz luy amenèrent, qui confirma le tout. Soudain il songea qu'il s'en estoit allé à l'advanture veoyr le monde, et aussy tost il envoya vers Lyon et vers la cour pour en sçavoir nouvelles, se doutant qu'il prenoit l'un de ces deux chemins.

Cependant son filz gaigne pays, et ne demeura que six jours despuis Bourdeille jusqu'à Lyon, où l'homme de son père le trouva, qui luy dit la peine en laquelle

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