Les éditions antérieures portent par erreur Urfé
3. Jean de Vivonne, seigneur de xMarigny, fut marié deux fois. De sa seconde femme, Honorée d'Authon, il eut deux filles : Françoise, mariée à Philippe de la Béraudière, seigneur d'Ursay, et Catherine, mariée à Geoffroy de Barbesière, seigneur de Chemeraut.
4. La Tour-Blanche est située dans le canton de Verteillac, arrondissement de Ribérac (Dordogne).
il. Pierre de Beaupoil de Sainte-Aulaire, troisième fils de Jean de Sainte-Aulaire et de Marguerite de Bourdeille, eut pour femme Catherine de Laurière, fille de Jean de Laurière, seigneur de Lanmary.
6. Dans l'édition de 1740 (t. XIII, p. 6^)^ on lit ici la note
VIE DE FRANÇOIS DE BOURDEILl.E. 49
Bref, le convoy de ces nopees fut des plus pompeux e* superbes qu'on avoit veu il y avoit longtemps en maison de Guyenne.
Or, chascun j)ensant que ceste belle femme arrestast mon père de ne plus trotter, et que ce lien de maryage le liast tellement qu'il ne bougeast plus sans aller tant voyager, il les trompa bien tous. Car, ayant touché argent frais (bien que son père durant son vivant ne luy espargnast jamais rien, quand il le vit si lîonneste homme, pour paroistre sur tous; car mon grand-père estoit très-riche de grandz biens et movens et luy donnoit un entretien très-grand et digne d'un petit prince), il tourne encor de là les montz trouver M. dcLautreq, qui l'aymoitextresmement, et qui estoit lors lieutenant de roy, et y va avecques un fort beau et riche équipage de guerre, et aveeques luy six ou sept gentilzhommes de ses terres, dont le sieur du Plessac en estoit un, à qui j'en ay ouy discourir.
Ne faut point demander si M. de Lautreq luy fit bonne chère, se voyant renforcé d'un si lîonneste et brave gentilhomme, lequel il voulut plusieurs fois honnorer de charges ; mais rien moins il n'y voulut entendre, et demeura par de là un an et demy sans en bouger, faisant toujours quelque beau coup digne
suivante. « Ces trois pages et livre'e de Bourdeille au mariage d'Anne de Vivonne, tirez de six grandes mains de papier écrites de la main de Brantôme, qu'on a perdues à la mort de Quinet, directeur de l'Opéra vers 1712, à qui on les avait données pour faire imprimer la vie de Brantôme. » Cela veut dire, si je ne me trompe, que ce paragraphe est une addition faite au récit de Brantôme, et qu'on l'a tiré d'un manuscrit égaré depuis. — Nous reviendrons ailleurs sur la perte de ce manuscrit.
de sa main. Mesmes un joui-, ainsy que m'a dict une fois M. de Brouillac, qui esloit aussy aveeques luy près de Crémone, il y eut un capitaine espaignol ou italien, qu'on lenoit pour très-bon gendarme, qui demanda à donner un coup de lance, ayant un ruisseau enlre deux, et assez gros, si qu'on ne pouvoit aller à luv si-non sur un pelit pont de bois, que les tables' trembloient toutes, et à demy usées. Feu mon père prend un cheval d Espaigne sans dire garre, et passe sur ce pont si viste et légèrement, avec la plus grande course de son cheval qu'il luy put donner de l'esperon, qu'il passe de là, va à son homme, luy donne un si grand coup de lance, qu'il le porte d'un costé par terre à demy mort, la selle de son cheval va d'un autre costé, elle cheval de l'autre ; et, ayant faict cela, s'en retourne sur le mesme pont aveeques mesme vitesse et prestesse qu'il avoit faict en allant, aveeques un grand estonnement de tous les regardans, et crainte que luy et son cheval ne fondissent et pontet tout dans l'eau, et tourne sain et gaillard: et dit despuis que, s'il ne fust advisé de prendre ce cheval léger et viste, et en eust pris un plus fort, ou coursier, ou roussin, et ne fust allé ainsy viste, et d'aller le pas, il se fust rompu le cou ou noyé, et tombé et le chçval et tout. Il fut fort estimé de ce coup, et des François et des Espaignolz et Italiens : et parla-on fort de la bonne et rude lance du seigneur de Bourdeille, ensemble de son espée et son bras; car il l'avoit fort robuste et fort nerveux, sans trop garniture de chair; ayant de mesmes delà les montz
i. Tables, plancties. Nous disons encore le tablier d'un pont.
VIE DE FRANÇOIS DE BOURDEILLE. ol
esté en très-bonne réputation et fort aymé des François; car il tenoit très-bonne table, despensoil tout, donnoit fort, estoit fort libéral. Quand il voyoit un honneste homme qui avoit faute d'un bon cheval, ou autre qui luy en demandoit un, aussy tost il luy donnoit. J'ay ouy conter à M. de Brouillac que le premier cheval de guerre et d'ordonnances qu'eût jamais M. de Burie, mon père le luy bailla. Aussy ne le celoit-il pas, et le disoit souvent, et honnoroit fort mondict père, et le venoit voyr souvent en sa maison quand il y fut retiré, et luy portoit grand honneur et respect, et parloit tousjours du bon temps avecques toutes les louanges de mondict père, bien qu'il eust eu dans le Fiedmonl et au royaume de Naples de belles charges. J'av veu cela estant fort petit garçon, une fois à La Feuillade*. Aussy mon père luy pourchassa son maryage avecques sa femme, qui estoit sa cousine germaine, de la maison de Belleville : et jamais mondict père ne l'appeloit que cousin ou castron*, parce qu'il estoit de Sainctonge; car il avoit cest humeur et coustume, que guières il n'appelloit les personnes par leur nom ou surnom, ou de leurs seigneuries, mais leur en imposoit quelqu'un, comme souvent il se verra en ce discours.
Pour retourner encor à sa libéralité, feu M. d'Essé, ce grand capitaine despuis, eut aussy de luy son premier cheval de guerre qu'il eut jamais, et luy
1 . La Feuillade était une maison de plaisance dépendant de la Tour-Blanche. (Note de l'édition de 1740, t. XV, p. 287).
2. Casiron. En Bourgogne un veau châtré s'appelait chastron; en italien castrone signifie à la fois un mouton, un châtré, et un lourdaud.
donna avecques une très-belle et Ijonne espée dorée. IV le disoit partout, comme je l'ay ouy conter à madame de Dampierre et à ma sœur de La Chapelle*, qui luy ont ouy dire souvent. Aussy ne fut-il jamais ingrat, car, tant qu'il a vescu, il a tousjours fort honnoré nostre maison, d'autant qu'il avoit esté nourry page de feu M. le sénesclial mon grand-père, et disoit avoir bercé cent fois ma mère, et ne voulut jamais laver avecques madame la séneschalle ma grand' mère, bien qu'il fust esté lieutenant de roy en Escosse, et ne lavoit jamais qu'avecques ses deux filles, ma mère et ma tante de Dampierre. Mon père ne l'appelloit jamais que Landrecy, parce qu'il avoit léans tenu le siège avecques le capitaine La Lande si bravement contre l'empereur Charles.
Mon père aussy donna son premier cheval de guerre, pour aller aux ordonnances' soubz M. de Montpezat, à Foussan, à M, de Sainct-Martin de Lisle, de Périgord, d'où sont sortis ceux de Lisle- Dieu ; et me souviens de l'avoir veu une fois à La Feuillade, qui vint veoyr mion père, et ne se voulut jamais laver avecques luy, tant il luy portoit honneur et respect, et le disoit estre cause de son advancement quand il l'envoya aux ordonnances, et le bailla à M. de Montpezat, son cousin, qu'il luy recommanda fort. Aussy luy bailla-il* la commission d'aller le premier parlementer à Foussan avecques
i . Il, d'Essé.
2. Françoise de Bourdeille, mariée àiV . seigneur de la ChapelIe-Faucher, en Périgord.