‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 5 sur 181 · Voyez plus haut, p. G, note · texte numérisé non relu

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venue l'heure que nos souhaietz sont parfaietz, et venue l'occasion de donner la battaille que nous avons tant désirée et demandée. Il n'est meshuy besoing de rien plus souhaiter ; il ne faut qu'advancer la mort à nos ennemys, avecques vos armes, sans rien temporiser. Vous sçavez qui est Caîsar, et quelle est sa prouesse. C'est aujourd'huy le jour mesme, dont bien m'en souviens, que vous me promistes sur le rivage du Rubicon que ne permettriez qu'à vous, nyà moy, on nous ostast les triumphes qui nous estoient par nos valeurs, peines et travaux justement deubz. C'est le mesme jour aujourd'huy qui nous rendra nos dieux, nos femmes, nos enfans, nos familles, nos biens et les âmes de nos amys, et vous rendra manans, habitans et concitoyens de nostre ville, et désormais francz de toute guerre et de tout mal. C'est le mesme jour encorquij avec le destin, sera tesmoing, et prouvera lequel aura pris plus justement les armes. Celuy qui sera vaincu en ceste journée aura le tort, et faira cognoistre si vous avez couru sus à votre patrie à feu et à sang par juste cause.

Soyez, je vous prie, furieux et terribles au combat, et délivrez vos armes et espées de toute coulpe et reproche. Il ne va rien en cecy du mien ny de mon intérest. Je suis prest de vi\Te sans aucune charge ny authorité, ny magistrature désormais, et vivre en privé et plébeyen; mais que vous autres demeuriez libres et francs, et qu'ayez pouvoir sur toutes nations de l'Emph-e, et que tout vous soit permis et licite, comme vous l'avez bien mérité.

Je m'asseure que vous n'achèterez pas à grandz fraix de sang l'espérance du monde. Il se rencon-

Irera devant vous une eertaine jeunesse de Grèce, qui ne seait que c'est de guerre, ny porter armes, ny aucun ordre de l^attaille, avecques une confusion de langages d'un divers amas d'estrangers que c'est pitié, et ausquelz leur semble que hnirs erys et hurlemens soient dangers. Tant s'en faut, que, lorsque les trompettes sonnent et les trouppes s'esbranlent pour aller au combat, tremblent de peur et songent à fuitte. Peu de gens combattront contre vous autres, et démesleront ceste guerre civille.

Meslez-vous hardyment parmy ces peuples et royaumes si lasches, et d'abord abattez tout le monde; et qu'on sçaclie que Pompée, qui a mené ces nations par Rome avecques tant d'attelage, n'en a dignement mérité un seul petit triumplie. Et euydez-vous bien qu'un Arménien ou un autre barbare se soucye qui soit capitaine ou général de l'armée romaine, et qu'il voulust, d'une seule goutte de son sang, racheter Pompée ny lestât romain ? Hz hayssent trop les Romains et tous ceux qui les veulent dominer.

La fortune m'a mieux favorisé, car elle m'a mis entre les mains des miens et de mes amys certains et asseurez, la valeur desquelz j'ay cognue et expérimentée en mille hasards et autant de rencontres en la Gaule. Il n'y a soldat parmy vous duquel je ne cognoisse l'espée ny le dard quand il le met au vent: et si ne faudray de guières à cognoistre de quelle main et de quel bras le coup aura esté porté.

Je prendz pied aux signes qui jamais n'ont failly ny faillent à vostre général. Si je regarde seulement vos visages et vos yeux tous pleins de menaces, les ennemys sont à vous, et me semble d'en veoyr des riviè-

res de sang;, et ensemble plusieurs roys et le corps du sénat foulez aux piedz et estenduz par terre, et les autres nageans et flottans à grandz monceaux dans leur sang espandu de toutes partz.

Mais je retarde trop mon heure et mes destinées, et fais mal, soubz mes discours et entretiens, de vous arrester et retenir tous courans au combat.

Pardonnez-moy pourtant, soldatz, si je ne vous v mène, bien que jamais je ne senty les Dieux qui me promissent plus grande chose. Nous ne sommes plus guières esloignez d'un grand intervalle de chemin ny de campaigne pour en venir là. Je me sens celuy qui, à la fin de mars, espère avoir liberté et pouvoir de donner ce que les peuples et les roys ont en leurs mains et puissance.

O dieux ! par quelle influence et mouvement du ciel et des astres permettez-vous tant aux terres thessalicques ? Nous acquerrons aujourd'huy le loyer delà guerre ou la peine. Jettez un peu les yeux sur les gesnes de Gccsar, regardez ses chaisnes et ceste teste attachée sur le plus haut des rostres, et ses membres desmembrez. S'il nous baste^mal, nous avons la guerre civile avecques un capitaine cruel, partisan de Sylla, cruel aussi bien que luy. Je m'afflige fort pour vous autres : car, pour moy, mon sort acquis par ma main m'est toutasseuré et mourray avant que demander la vie.

Dieux ! qui, pour tout cest univers et pour la grande cité de Rome, par grande compassion avez quitté le ciel, celuy qui ne cuyde qu'il ne soit très-

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