‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 61 sur 181 · Le livre de Charles IX est en prose, voy. t. V, p. 28!j · texte numérisé non relu

Le livre de Charles IX est en prose, voy. t. V, p. 28!j

le cardinal dePérigord, archevesque de Pampelune', qui vivoit environ la prinse de Rhodes, qui nous font voir un combat furieux de deux gentilzhommes qui, armez de toutes pièces, coml)attent à cheval avecques l'espée et le bouclier; l'un des combattants portant le nom de Franc-Cœur; l'autre, assçavoir du vaincu, portant le nom de Nécessité^ qui de faict fatalement fut tué, et le voit-on tomber de cheval blessé à mort, son cheval donnant du museau enterre, la teste posée entre les deux jambes de devant. Et voit-on ce gentilhomme, baptisé du nom de Nécessité, tomber de cheval à la renverse, levant les pieds et les jambes contre-mont.

De l'autre vitre de la fenestre qui regarde sur la rivière de Drone', on voit un gentilhomme portant la barbe longe, armé aussy de toutes pièces, avecques l'espée et l'escu, portant mine d'un mauvais garçon qui sçavoit bien chastier les foux pour leur apprendre à parler sagement, soit des dames, desquelles il ne faut jamais parler que bien à poinct, moins jamais les blasonner, soit de l'honneur d'autruy duquel nous ne devons estre larrons.

Et fut faict ce combat près la ville de Fontarabie sur le bord de la mer, se voyant peinte la ville joignant le champ du combat : le tout en présence des juges et présidens des combatz, accompaignez des trompettes de tous les deux costez, qui sonnent les fanfares deues au vainqueur.

1. Amanieu d'Albret, évêque de Pamiers, de Comminges, puis de Pampelune, mort en 1320. La prise de Rhodes par les Turcs eut lieu eu décembre 1522.

2, La Dronne, rivière qui passe à Brantôme et à Bourdeille.

En chaque vitre il y a un esoriteau de quatre vers qui ne nous mettent point à deviner, mais bien au contraire nous font cognoistre la vérité du succez de l'histoire.

L'escriteau du vieux routier parle ainsy, disant:

Franc-Cœur je suis, monté sur Bon-Renom,

Pour ruer jus de Nécessité chance

Par ma vertu; nul ne die de non.

Qui bien me garde met jus outrecuydance.

L'escriteau du défendant dit :

Danser me faut par ma maie meschance.

Par mon orgueil je cuydois estre maistre. Nécessité m'a mis en la balance, Dont devant Dieu me faudra comparoistre.

La quinte-essence de ces vers, icy extraicte et pressurée^ nous fait entendre que ce gentilhomme, qui s'attitre du nom de Nécessité, pouvoit avoir intéressé ' l'honneur de ce brave cavallier^ vieux soldat et vieux guerrier, appelé Franc-Cœur^ et que ne se pouvant rétracter, ne l'osant, ou peut-estre ne le voulant, il fut forcé de venir au combat pour maintenir ce qu'il avoit malicieusement inventé : tellement que Franc- Cœur, homme généreux et vaillant, cicatrisé en sa réputation, qui à tout gentilhomme doit estre plus chère que la vie mesme (car le premier vers monstre qu'il est monté sur Bon-Renom, qui vaut mieux que ne fait ceinture faicte en broderie), luy estant grief et amer d'avaler ceste griotte^, en la façon qu'il

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