Roguart, qui fait le rogue
4. Chelme, coquin, de l'allemand schelm, mot importé par les reîtres, les lansquenets ou les Suisses.
a carre levée. Et, partant, ayant faiet perdre la vie à « ceste cane, qui m'en avoit preste d'une, j'apprens « à mes semblables comme ils debvront faire par cy- « après, quand ilz se trouveront invitez à de sembla- « blés nopees comme moy. »
S'ensuit l'explication des quatre vers proférez pour In manus^ lorsque Nécessité voulut verser les quatre fers *.
Danser me faut par ma maie meschance.
Par mon orgueil je cuydois estre maistre. Nécessité m'a mis en la balance, Dont devant Dieu me faudra comparoistre.
Ce pauvre malheureux dit qu'il a trouvé chaussure à son pied. Voicy que ce paillard se rétracte et se repent de ce qu'il a dict. Estant prest de rendre les derniers abboys, il se confesse et crye mercy à sa partie. Il dit qu'il meurt justement pour avoir blessé l'honneur d'un si homme de bien, qui l'a payé surle-champ de son démérite. Il regrette grandement que la trahison de son cœur soit cause qu'il meure si laschement qu'il fait. Il eust volontiers dict : Seiîor JulianOy no te quiero^^ mais qu'il a esté forcé de combattre, le dénotant par ce vers qui dit : Nécessité ma mis en la balance, attendu que qui quitte la partie la perd.
Estant prest de rendre l'ame à Dieu, il se repent de bon cœur de ce que faussement il a dict de son
1. Voulut verser les quatre fers^ fut renversé. — Nous dirions aujourd'hui tomba les quatre fers en tair.
2. Allusion à une histoire rapportée par Brantôme qui la appelle plus d'une /ois. (Voy. t. VI, 261 ; VII, 77-84.)
eniiemy, qu'il tient pour homme de bien et d'honneur. Il confesse avoir mal parlé, il recognoist la justice de Dieu qui luy a osté le cœur, defFendant une mauvaise querelle; il recognoist que Dieu est juste en toutes ses œuvres, qu'il n'a voulu que telle sienne meschanceté demeurast impunie devant les hommes, comme de faict il en porte la paste au four, à son dam, et au grand déshonneur et infamie, tant de luy comme de tous ses parens; perdant pauvrement la vie pour avoir esté si outrecuydé maintenir ce qu'il sçavoit en conscience estre aussy faux que le diable est faux. Il lamente la petitesse de sa fortune, et recognoist que l'orgueil qui l'a tousjours accompaigné toute sa vie, a esté cause de son honnissement*, de sa ruyne et confusion. Finalement qu'il luy est advenu ne plus ne moins qu'au chien de ce veneur appelé Meraudet, qui vouloit manger le loup et le loup le mangea ; dénotant cecy par le texte du second verset de son In manuSy qui dict : Je cuydois estre maistre.
i. Honnissemeniy action d'être honni.
Testament et codicilles de Pierre de Bourdeillef seigneur de Brantôme.
Au nom du Père, et du Filz, et du Sainet-Esprit, ensemble de la bénite Vierge Marie, et de madame saincte Anne, mes deux bonnes patronnes.
Je, Pierre de Bourdeille, seigneur et baron de Richemond, de Sainct-Crespin, de La Chapelle-Mommoreau, et conseigneur de Brantôme usufructuaire*, chevallier de l'Ordre du roy, de son Sainct-Miehel, ensemble de celuy de l'Ordre de Portugal qu'on appelle XHahito de Christo; gentilhomme ordinaire de la chambre des feus roys Charles neuviesme et Henry troisiesme, mes maistres, et pensionnaire de deux mille livres par an du susdict Charles neuviesme en son vivant; chambellan de monseigneur le duc d'Allençon, mon bon maistre aussy, dont toutes les lettres et tiltres en demeurent en mon thrésor et titres, qui du tout en donnent foy ; et ayant commandé à deux enseignes de gens de pied aux secondes guerres civilles passées, sans reproche, la grâce
\ . Usufructuaire^ usufruitier ; iisufructuarius.
à Dieu , je recommande mon ame à Dieu, et le supplie de bon cœur la recevoir en son sainct paradis.
Je veux estre enterré comme bon chrestien et catholique, sans pourtant aucune pompe funèbre, ny cérimonie nullement somptueuse. J'eslis ma sépulture dans la chapelle de mon chasteau de Richemond, que j'ay faicte et construite exprès pour cest eft'ect avecques la voûte, espérant que le tout sera faict et parachevé, s'il plaist à Dieu, avant que je meure, pour y estre enterré. Je veux que sur ma tombe soit gravé en grosses lettres cest épitaphe, avecques mes armoyries de Bourdeille et Vivonne, entourées de l'ordre de Sainct-Michel :
Passant, si par cas ta curiosité s'estend de sçavoir QUI gist soubs geste tombe, cest le corps de messiRE Pierre de Bourdeille,
En son i>want chevallier , seigneur et baron de Richemoncl, et Sainct-Crespin, et La Chapelle Mommoreau, et conseigneur de Brantôme ; extraict du costé du père de la très-noble antique race de BourdeillCf renommée de ïenipereur Charlemaigne, comme les histoires anciennes et vieux romans François, italiens^ espaignolz, titres vieux et antiques monuments de la maison le témoignent de père en p,lzjusques aujourdhuy ; et^ du costé de la nière^ il fut sorty de ceste grande et illustre race aussy de Vivonne et de Bretaigne, qui en porte les hermines pour cela en ses armoiries. Il ïin. dégénéré^ grâce à Dieu^ à ses prédécesseurs. H fut homme de bien^ d'honneur et de valeur comme eur , advanturier en plusieurs guerres et voyages estrangers et hazardeux . Il fit son premier apprentissage d armes soubz ce grand capitaine M. de
Gujse, inessire François de Lorraine ; et, pour tel apprentissage, il ne désire autre gloire et las : doncnues cela seul suffise. Il apprit très-bien soubz lui de Donnes leçons qu il pracliqua, avecques beaucoup de réputation^ pour le serifice des roys ses maistres. Il eut soubz eux charge de deux compaignies de gens de pied. Il fut en son vitrant chevallier de F Ordre du roj de France^ comme fay dict, et de plus chevallier de r Ordre de Portugal, quon appelle /'Habito de Christo, qu il alla quérir et recepvoir là luy-mesme, et avoir du roj dom Sebastien, qui l'en honnora au retour de la conqueste de la ville de Belis et son pignon en Barbarie, oiice grand roi d Espaigne , dom Philippe, avoit dressé et envoyé armée de cent gallères. et douze mille hommes de pied. Il fut après gentilhomme ordinaire de la chambre des deux roys Charles IX et Henry III, et chambellan de M. d' Allançon, leur frère; et outre fut pensionnaire de deux mille livres par an dudict roy Charles IX^ dont en fut très-bien payé tant quil vesquit, car il laymoit fort^ et teust fort advancé s il eustplus vescu que ledict Henry III. Bien quilles eut tous deux très-bien servis, ï humeur du premier saddonnoitplus à luy faire du bien et des grades plus que t autre ; aussy que la fortune ainsy le vouloit. Plusieurs de ses compaignons, non esgaux à luy, le surpassèrent en bienfaictz, estatz et grades, mais non jamais en valeur et mérite. Le contentement et le plaisir ne luy en sont pas moindres. Pourtant adieu. Passant, retire-toi. Je ne {en puis plus dire, si-non que tu laisses jouyr de repos celuy qui en son vivant iien eut, ny dayse^ ny de plaisir, ny de contentement. Dieu soit loué pourtant du tout, et de sa saincte grâce l
Je ne veux surtout qu'en mon enterrement se fassent, comme j'ay dict^ aucunes pompes ny magnificences funèbres, et surtout ny festins, ny mangeailles, ny convoy, ny asseml)lées de prirens et amys, sinon d'une vingtaine de pauvres, avecques leurs escussons de mes armoiries, habillez en deuil de gros drap noir, et qu'on leur donne l'aumosne accoustumée, ensemble aux autres pauvres qui s'y assembleront. Je dis^ non-seulement pour ce jour de l'enterrement, mais à la huictaine et quarantaine, et bout de l'an autant.
Je donne et lègue à maistre Pierre Petit, dict le sieur Contanho*, la somme de cinq cents livres avecques deux des meilleurs chevaux qui se trouveront en mon escurie à l'heure de mon trespas, et le meilleur de mes manteaux, avecques deux de mes meilleures harquebuses à rouet et à mesche. Plus, luy donne le moulin, ses appartenances et rente deue sur yceluy, appelé le moulin de La Rode, situé en ma terre et paroisse de Sainct-Crespin, sur le ruisseau de Houlou, autrement appelé de Belesme, en faire et disposer comme de sa chose propre, et ce, pour avoir esté bon commandataire de l'abbaye de Brantôme pour moy, dont pourtant il m'a baillé beaucoup de peines et de traverses, et tourmens d'es-
1. Lisez, comme plus loin : Coutancie. Voici en effet ce que dit le Gallia christiana (t. II, col. 1495) : Petrus de Bourdeille hanc (abbatiam) tenait per semelipsum usque ad annum 1583, ac deinde sub fiduciariis Johenne ( alias Petro ) L'Espinasse, Petro Petit, dicto La Coutancie, etc., ad annum 1614 quo migravit ex hoc seculo 5 julii.
TESTAiMENT DE BRANTÔME. 125
prit en ce négoce'; mais je luy pardonne, et, s'il est habile, en pourra tirer beaucoup après ma mort, selon le brevet du roy, qu'il trouvera dans mon petit coffre d'Allemaigne, qui est sur ma table à La Tour- Blanche.
Je lègue au seigneur Lorentio Splanditeur la somme de deux cens livres, pour estre mon ancien serviteur, bien qu'il n'en aye besoing, car il est riche, et a gagné assez avecques moy, mais afin qu'il aye soubvenance de moy tant qu'il vivra.
Plus, je lègue à tous mes serviteurs et servantes, demeurant tant à La Tour-Blanche, Richemond que Brantôme, qui se trouveront lors de mon trèspas, la somme de cinq cens cinquante livres une fois payée, pour estre despartie entre eux, selon la qualitez desditz serviteurs et servantes comme héritiers et héritières y auront l'œil, ou bien personnes déléguées pour cela y adviser; de sorte que je les prie les en rendre tous contens et contentes de leurs services et peines.
Outre plus, je lègue et donne à mes serviteurs principaux, qui me servent à la chambre et autres lieux honorables, comme secrétaires, pages, tous mes manteaux, habillemens, linges, draps, c'est-à-dire des chemises, mouchoirs, chaussettes, sans toucher aux linceulz', ny serviettes, ny napes aucunement; désirant que cela demeure parmy les meubles de la maison, pour la succession de mes héritiers.
Outre mes serviteurs susdictz, je lègue et donne