‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 67 sur 181 · Linceuls j draps · texte numérisé non relu

Linceuls j draps

126 OPUSCULES Eï PIECES DIVERSES.

à mes soklalz, qui sont à ma porte, pour chaque teste, à chacun cinq escus et leurs gages payez.

Pkis, je lègue et donne à messire Hélie de Hautmarché, dict Monserogallard, abbé commandataire de Sainct-Sevrin*, la somme de cent cinquante livres une fois payée.

J'en donne et lègue autant à Lombraud, mon recepveur de présent, qui m'a bien servy jusques icy, et qu'il continue, outre ses gages, dont il se paye tous les mois par ses mains, comme il paroist par ses comptes.

Je lègue et donne aussy à messire Arnaut Barbut, vicaire de Brantôme, la somme de dix escus seulement une fois payée, bien que luy aye bien payé tous ses gages, comme il paroist par mes comptes, qu'il y a beaucoup gaigné en faisant son service divin, et par ce n'aye pas grand besoing de récompense, mais afin qu'il aye soubvenance de moy.

Et de tous ces susdictz légatz, je veux et ordonne estre faict aux personnes vivantes seulement lors de mon décès, et nullement à leurs héritiers.

Je veux aussy, et en charge expressément mes héritiers, héritières, de faire imprimer mes livres, que j'ay faictz et composez de mon esprit et invention, et avecques grande peine et travaux escrits de ma main, et transcrits et mis au net de celle de Mathaud, mon secrétaire à gages, lesquelz on trou-

1. Abbaye d'Augustins (Charente-Inférieure), du diocèse de Poitou. Le nom decct abbé ne figure pas dans le Gallia christiana^ qui du reste ne mentionne que sej)t noms d'abbés depuis le xn" siècle jusqu'au xvni« (t. II, col. 1348-1349).

vera en cinq volumes eouvertz de velours tan *, noir, verd, bleu, et un en grand volume, qui est celui des Dames, couvert de velours vert, et un autre couvert de vélin, et doré par dessus, qui est celuy des Rodomontades, qu'on trouvera tous dans une de mes malles de clisse*, curieusement gardez, qui soi:kt tous très-bien corrigez avecques une grande peine et un long temps ; lesquelz j'eusse plustot achevez et mieux rendus parfaictz, sans mes fascheux affaires domestiques, et sans mes maladies. L'on y verra de belles choses, comme contes, histoires, discours et beaux motz, qu'on ne desdaignera, s'il me semble, lire, si l'on y a mis une fois la veue ; et, pour les faire imprimer mieux à ma fantaisie, j'en donne la charge, dont je l'en prie, à madame la comtesse de Durtal, ma chère niepce, ou autre si elle ne le veut; et, pour ce, j'ordonne et je veux qu'on prenne sur ma totale hérédité l'argent qu'en poura valoir l'impression, et ce advant que mes héritiers s'en puissent prévaloir de mondict bien, ny d'en user advant qu'on aye pourvue à ladicte impression, qui ne se pourra certes monter à beaucoup ; car j'ay veu force imprimeurs, comme il y a à Paris et à Lyon, que s'ilz ont mis une fois la veue, en donneront plustost pour les imprimer, qu ilz n'en voudroient recepvoir ; car ilz en impriment plusieurs gratis qui ne valent les miens. Je m'en puis bien vanter, mesme que je les ay monstrez, au moins une partie, à aucuns qui

1. Tan^ couleur de tan. Les éditions portent par erreur : Velours, tant noir.

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