‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 78 sur 181 · Persécuter j poursuivre · texte numérisé non relu

Persécuter j poursuivre

ledict La Barde estoit fort proche dudict sieur d'Ambleville^ à cause d'une sienne grande-tante maryée avecques ledict Mallety, notaire, comme je luy ay ouy dire. Mon nepveu le baron l'a aussy soustenu et avmé dez le voyage de Provance : mais je laisse le tout sur son ame, et des autres aussy.

Je ne veux ny enlendz que ma maison et beau chasteau de Ricliemond, que j'ay faict bastir curieusement et avecques peine et grand coust^ s'alliène, se vende, ny s'engage autrement, pour nécessité aucune qui soit, à aucun estranger; car je veux qu'elle demeure à la maison dont je suis sorty, en signe de mémoire. Car je seroisbien marry, si, estant là-haut, où Dieu faira là grâce de m'y recepvoir s'il luy plaist, je visse ceste belle maison et chasteau, que j'ay fait bastir avecques si grand travail, eust changé de main et tombé entre une estrangère. Cependant je veux et entendz que madicle niepce la comtesse de Durtal, ayt ledict chasteau avecques ses préclautures* du parc et du jardin, et ses bassecours, pour sa demeure tant qu'elle vivra seulement, et demeurera vefve sans qu'elle se remarye; et ce, pour n'avoir aucune demeure en ce pays prez de la maison dont elle est sortie, et pour s'approcher aussy de ses proches, bien qu'elle aye sa maison La Vasouzière de son douaire, mais elle est par trop loing des siens ; et de plus que l'air y est très-beau, bon et salutaire, qui luy a faict grand bien, et à sa tante, tant qu'elle s'y est tenue. Mais, estant remaryée, elle aura d'autres maisons de son mary, où elle s'y tiendra le plus souvent, et n'en

i. PréclaulureSj enclos.

OPUSCULES ET PIÈCES DIVERSES. Ik^i

voudra d'autres : et puis s'eslanl rcmaryée, ou bien morte, qui sera quand il plaira à Dieu, je veux et ainsy l'ordonne. Je veux aussy, et en charge madicte niepce comtesse, d'entretenir la maison comme il faut, sans la laisser desmollir ny despérir, et qu'elle la laisse aussy entière et belle comme je la luy laisse, cela s'entend tant qu'elle y demeurera, et ne se remaryera; car autrement elle en auroit la conscience chargée, et me fairoit tort, et à son petit ne[)veu Claude de Bourdeille', qui est si bien né et si joly, qui, je m'asseure, l'entretiendra très-bien, et en célébrera ma mémoire pour tout jamais, en disant : Fojlà un pri'sent que mon grand-oncle me fit.

Je veu\ aussy que la moitié des plus grands livres de ma bibliothèque soient mis et serrez dans nu cabinet de Richemond, et conservez très-curieusement sans les dissiper deçà, delà, et n'en donner pas un à quiconque soit : car je veux que ladicte bibliothèque demeure chez moy, pour perpétuelle mémoire de moy, dans un cabinet de Richemond.

Je veux de mesmes qu'aucunes de mes plus belles armes demeurent aussy en un cabinet de Richemont, et y soient en mesme garde, comme mes espées, et sur tout une argentée que M. de Guyse, mort et massacré dernièrement, me donna au siège de La Rochelle, me defférant cest honneur de dire qu'elle m'estoit bien deue pour la sçavoir bien faire valoir, et telles armes, ainsy qu'il avoit veu. Il y a aussy

1. Claude de Rourdeilie, second fils de Henri de Bourdcillc, si connu, sous le nom de comte de Montrésor, par le rôle qu'il joua dans la conspiration de Cinq-Mars cl la Fronde, et |'ar ses Mémoires. II mourut en juillet 1663.

d'autres et longues, belles, hespaignolles, toutes de combat, et bonnes et esprouvées. Plus, deux harquebuzes de mesche, que j'ay fort aymées et portées en guerre, et faict valloir. Plus, mes armes complettes, tant de la ourlasse, brassard, sallade et cuissot, que le seigneur Contanho me garde en sa chambre de Brantôme. Plus, une rondelle couverte de velour noir à preuve, que feu M. le prince de Condé me donna au siège de La Rochelle, au moins après, ne s'en servant plus, et me pria de la garder pour l'amour de luy, et porter en guerre; ce que j'ay'faict, et bien gardé, comme j'ay faict l'espée susdicte de M. de Guyse, et leur promis les garder tout durant ma vie et aprez ma mort. Je veux aussy qu'on me garde avecques les susdictes armes un chapeau de fer, couvert d'un feutre noir, avecques un cordon d'argent, que je porlois à pied aux sièges de places, où je me suis trouvé assez. Et, s'il est possible appendre toutes les susdictes armes dans ma chapelle de Richemond, je le voudrois fort, ainsy qu'on faisoit jadis aux anciens chevalliers : la mémoire en seroit beaucoup plus honnorable. Je laisse cela à madame la comtesse ma niepce, qui en aura le soin, puisque la demeure luy est assignée si elle ne se remarye, comme j'ay dict cy-debvant.

Et de tout ce que dessus, pour maintenir et bien entretenir, je fais exécuteur de mondict testament M. de La Chastaigneraye, mon cher nepveu, s'il luy plaist, et l'en prie; ensemble M. du Préau, lieutenant du roy et gouverneur à Chastelleraud, que j'ay nourry page, et s'est si bravement et généreusement poussé à ceste digne charge par ses belles

armes et bon courage; avecques M. Thommasson, advocat en la cour présidialle de Périgueux, mon principal et ordinaire conseil, que j'eslis pour assister messieurs mondict nepveu et du Préau et les relever d'autant de peine; en ce qu'on luy paye ses peines et salaires, comme de raison, au dire de mesdictz sieurs exécuteurs, les suppliant très-tous de tenir main bonne et forte à mon intention et totalle disposition.

Sur tout, je casse et révoque par cestuy-icy dernier tous autres testamens et dispositions par moy faictz et faictes cy-debvant, ensemble toutes donations qu'on pourroit supposer et prétendre par moy faictes. Je n'en fis jamais, ny prétendz d'en faire, dont j'en proteste devant Dieu. Pour testament, j'en ay faict un, passé par les mains de Galopin, notaire de Brantôme; mais je le casse et révoque du tout par cestuy-cy, ensemble le codicille passé par le mesme Galopin. Et si l'on en produit d'autres, je dis qu'ilz sont faux, et les casse comme telz et nulz ; car je sçay bien que beaucoup de notaires d'aujourd'liuy s'aydent de telles faussetez, aussy bien pour les grandes maisons que pour les petites, pour estre menacez et contrainctz : et pour ce, je prie messieurs les exécuteurs d'y adviser; et pour ce, par ces raisons, j'ay faict cedict testament solennel, escrit et signé de ma main.

Pour totalle fin, je donne mes bagues et petitz joyaux à mes susdictz nepveux et niepces de trèsbon cœur, et les prie de les garder et porter pour l'amour de moy, tant que leur vie durera, en souvenance de moy, leur bon oncle, qui les ay aymez et

lionorcz d'iiiie amytié très-ferme et fidèle. Sur ce, je fais lin à cedict testament, au nom du Père, du Filz et du Sainct-Esprit, et de la bénite Vierge Marie, et madame saincte Anne, eomme je l'ay commancé.

Je ne double point que plusieurs personnes ne trouvent cetlict testament par trop long et prolixe : tel a esté mon vouloir et mon plaisir. J'en ay veu d'autres en ma vie bien aussy longs. J'en ay pris le modelle sur ce grand cliancellier M. de l'ilospital, de mesme aussy long que j'ay inséré dans mes livres' , mais si l'ay-je un peu abrégé. De plus, je suis nay d'une grande et illustre maison ; j'ay le cœiu' grand^ qui* me Ta donné^ et que j'ay faict paroislre en plusieurs beaux et divers endroictz; j'ay eu de l'ambition, je la veux encor monstrer après ma mort. Aussy que je nay voulu confier mes volontez et dire îi ces petitz notaires, qui^ la pluspart du temps, ne seavent dire ny représenter nos intentions et vouloirs ; et en eusse dict encor plus sans la trop grande prolixité. Je fais doncques fin selon mon vouloir et contentement, et y eusse mis et adjousté de beaux et gentilz exemples, pour mieux adoucir le tout; mais c'est assez.

P. DE BOURDEILLE

Page 1