‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 112 sur 251 · Antoine, sire de Pons, comte de Marennes, chevalier des · texte numérisé non relu

Antoine, sire de Pons, comte de Marennes, chevalier des

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ESPAGNOLS

gouvernante de madame Renée de France, despuis duchesse de Ferrare. Je pense que si madame de Nemours, sa fille, s’en vouloit aujourd’huy ressouvenir, elle le pourroitasseurer; et voylà mon conte achevé. Venons à d’autres.

11 s’est trouvé de bons compaignons d’autresfois en ces eordelliers, comme un Espaignol que je vais dire, appelé Fray Inigo. Allant un jour dans une rue de Tolède, et aucunes belles et honnestes dames (comme il y en a force) allans devant et luy après, et faisans grand’poussière de leurs robes traisnantes en terre, ainsy qu’elles se fussent advisées de luy et de la poussière qui luy nuisoit s’arrestèrent tout court (car elles l’avoient en grand’révérenee), et luy dirent fort courtoisement : Pose vues Ira rever encia , parque noie demos polvo ’. Luy, refusant de passer, leur dist : Iieso las manos, senoras. Payante, que el polvo de las ovejas no le aborece el lobo *. Quel fin loup voilà puisqu’il n’abhorroit point la poussière de ces belles dames ! Il n’eneusl point abhorré autre chose, ny leur chair, non plus que le loup celle des brebis, bien qu’il fist bien de la mine et qu’il prélassast tant qu’il pouvoit, aspirant un jour à une mvtre. De quoy l’en reprenoit un jour un sien compaignon, et de despit luy dit : Quitad esta varia gloria ;

ordres du roi, né le 2 février 1510. Il était iiis de François, sire de Pons, comte de Marennes, et de Catherine de Ferrières.

1 . Que votre révérence passe devant, aün que nous ne lui fassions point de poussière.

2. Je vous baise les mains, mesdames; marchez toujours. Le loup n’abhorre point la poussière des brebis.

SERMENS ET JUREMEN9

que aunque lluevan niitras, nunca caera una en su cabezu

L’on peut bien quelquesfois brocarder et se mocquer de ces gens-là, puisqu’ilz se mocquent entre eux-mesmes les uns des autres, comme fit un cordellier un jour à un jacobin. Allant par pays tous deux de compaignie, et venant passer un ruisseau où il n’v avoit planche nv pont, le jacobin luv dit que puisqu’il estoit deschaussé et pieds nuds, qu’il se mist dans l'eau et qu’il le portast sur ses espaulles ; ce que le cordellier luy accorda volontiers; et le passant, quand ce fut au milan de l’eau, il luy demanda s’il ne porloit point d’argent sur luy. L’autre respondit qu’il avoit environ six réailes. Alors il luy dit : Padre , perdonadme, que no puedo llevar comigo dineros, porque asi lo manda mi régla. Y, diciendo eso, luego lo écho en el rio, y se pensa ahogar *. Pensez que le cordellier s’en mocqua bien, et en rit son saoul.

Une bonne femme estant malade, et ayant envoyé quérir son curé pour la confesser, elle luy donna pour sa peine une poulie, qu’il prit gentiment et l’emporta. Quand elle fut guérie, ne se souvenant du don, elle demanda à sa chambrière qu’estoit devenue sa poulie. Elle luy dit qu’elle l’avoit donnée au curé par son commandement; à quov elle respon-

t . Laissez-là cette vaine gloire. Quand même il pleuvrait des mitres, il n’en tomberait jamais une sur votre tète.

2. « Mon père, pardonnez- moi, je ne puis porter d’argent sur moi, parce que ma règle me l’ordonne ainsi. » Et, en disant cela, il le jeta dans l'eau, où l’autre pensa se noyer.

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dit : Yale me Uios ! Infinitas veces que se me perdio esta ga/lina, la di al diablo, y nunca la tomo : y una vez que la promet i al cura, la llevo luego'.

Un bon compaignon ayant espousé une belle et honneste femme, et pour ce qu’il estoit mauvais mesnager et avoit despendu tout le bien que son père luy avoit laissé, elle se sépara de luy; dont s’en plaignit au vicaire pour la luy faire rendre : de quoy le vicaire s’enquérant à son procureur, luv demanda si habia consumido el matrimonio Le procureur respondit plaisamment : Y aun el patrimonio faisant

allusion du matrimoine et du patrimoine, qu’il les avoit consommez tous deux, à son dam, et de la femme et tout.

Un autre fit bien mieux, qui, ayant de mesmes mangé tout son bien, et rencontré un jour par un sien amv, et trouvé à table qu’il faisoit bonne chère, et souppoit avec un flambeau de cire; luy pensant remonstrer que, puisqu’il n’avoit plus de quoy faire telles despenses, pourquoy il faisoit celle-là d’un flambeau de cire et ne se contentoit d’une petite chandelle de suif; l’autre luy respondit : Senor, llego al cabo del ano con mi hacienda *. Quel bout de l’an, et quelle comparaison ! Ne vous dis-je pas qu’ilz n’espargnent rien pour dire un bon mot,

1 . Dieu me soit en aide ! Une infinité de fois que cette poulie s’est perdue, je l’ai donnée au diable sans qu’il l’ait jamais prise; et pour une fois que je l’ai promise au curé, il l’a emportée sur le champ.

î. S’il avait consommé le mariage.

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